La Part des Anges (de Ken Loach)

Prix du Jury à Cannes

Chaque année le Festival de Cannes nous permet de découvrir des films qui seraient sans doute passés inaperçus sans lui. Il sera difficile de faire aussi exceptionnel que le cru 2011 mais il y a toujours de quoi saliver à l’idée de connaitre de nouvelles pépites.

Quatre délinquants écossais passent devant le juge et sont soumis à des heures d’intérêt général. Parmi eux, Robbie, s’en sort in extremis du fait que sa compagne s’apprête à avoir un enfant mais son entourage et la grave agression qu’il a commise sont des poids aussi difficiles à gérer que sa situation de squatteur. C’est après la visite d’une distillerie de whisky avec ses collègues qu’ils décident de dérober le contenu d’un fut d’une valeur inestimable…

Le cinéma britannique nous fournit régulièrement de très bons films, loin des paillettes d’Hollywood. Après L’Irlandais en fin d’année dernière, Ken Loach prend le relai mais s’éloigne de l’humour noir pour une comédie sur fond sérieux. On découvre ainsi l’Écosse d’en bas, c’est à dire des jeunes sans job, qui ont besoin de se défouler et ayant quitté les sentiers battus il y a déjà quelques temps.

Là où La Part des Anges surprend, c’est par son scenario se renouvelant constamment. On nous parle de whisky que bien plus tard après avoir découvert le personnage de Robbie rongé par les bêtises qu’il a faites et les conséquences multiples qui en découlent et handicapent sa vie. La légèreté du début laisse vite place au drame, particulièrement quand il se retrouve face à sa dernière victime dans une scène poignante où prônent des silence aussi douloureux pour le spectateur que pour le personnage.

Ce scenario rythmé avec brio rend l’histoire fluide et s’éloigne d’une répétitivité qui nous épargne des longueurs inutiles.

Les personnages sont très attachants malgré leurs niaiseries, l’empathie est un autre point fondamental qui nous rapproche de toutes ces personnes au profil sociologique pourtant singulier. Cela est d’autant plus fort que jamais le réalisateur ne fait appel à une démagogie qui cherche à relativiser ou excuser.

Pour ce qui est de l’ambiance, une fois de plus, on se plonge dans la culture britannique autant par les paysages fabuleux de l’Écosse que par ses accents aussi horribles que sublimes et surtout par une découverte du whisky dont la grâce est à l’image du vin pour la France.

La Part des Anges est donc un excellent film qui peint une Écosse où les traditions se perdent au profit d’une jeunesse trop souvent oubliée et déconnectée de la réalité. En plus d’être drôle, Ken Loach propose un film grave et sérieux admirablement bien joué par des acteurs méconnus. Il ne manquerait plus qu’un petit verre en sortant… Et pas du Jack Daniels hein !

SCENARIO & DIALOGUES : 8 sur 10

CASTING & PERSONNAGES : 8 sur 10

MISE EN SCENE : 6.5 sur 10

SON : 5 sur 10