Critique sans spoilers de la saison 2 de True Detective

On avait accueilli sur ce blog avec délice le retour de True Detective pour une seconde saison, avec son épisode pilote parfaitement équilibré. Sept épisodes plus tard, que dire de cette nouvelle histoire qui devait passer après la réussite totale de la première saison ?

Globalement, on peut dire que le boulot est fait et bien fait. On retrouve la même structure que dans la première saison : rythme lent entrecoupé de séquence à haute tension, personnages très hauts en couleurs, ambiance lourdes et dialogues psychiques, un virage important dans l’intrigue à la mi-saison, un meurtrier entre-aperçu qui fait son retour. Bref, tout les éléments qu’on aimait dans True Detective font leur retour et sont peints de façon tout à fait convaincante… à l’exception d’un élément.

Les personnages n’évoluent pas. Malgré leurs personnalités fascinantes qui donnent envie de les suivre, les acteurs ont mis le ton au début de la saison, et ce ton reste le même à travers les huit épisodes. A l’exception de Ray par moments, ils ne se remettent pas en question. Bien sûr, ils doutent et souffrent devant la dureté de la vie et son absurdité, mais tout ce qui fait leur tempérament reste imperméable à toutes les merdes et fiascos dans lesquels les enquêteurs se retrouvent. A titre de comparaison, les deux enquêteurs de la saison 1 restaient fidèles à leurs caractères, mais devenaient de plus en plus obsédés et happés par l’enquête.

Un des moments dur de la saison 2 est sans hésitation la perte de la moustache de Colin Farrell. Un grand moment d'émotion
Un des moments durs de la saison 2 est sans hésitation la perte de la moustache de Colin Farrell.

Ici, non seulement les caractères ne changent pas, mais les personnages n’en sont que plus renfermés sur eux mêmes. On a le droit à quelques confessions, mais cela n’a presque aucun impact : ils compatissent rapidement les uns pour les autres, mais ces révélations ne changent rien. Même les sentiments forts du self made man Frank Semyion joué par Vince Vaughn semblent n’avoir aucun impact sur son empire qui vacille. Or, ce sont ces changements de sentiments qui font que l’implication des personnages dans l’enquête captive le public, font réussir ou foirer les missions, et font qu’on a l’impression de suivre une aventure nous amenant jusqu’au bout de son univers.

En huit épisodes, malgré une enquête riche en enjeux politico-économiques, en personnages crapuleux et en fusillades diverses, on a l’impression que les personnages principaux ne font que subir ce monde pourri, ses revers et ses trahisons, et que ces grands dialogues aux mots vides n’ont pas vraiment servi à grand chose. Est-ce que cela veut dire que cette saison 2 est un échec ? Pas vraiment. On a suivi avec passion ce qui se déroulait d’épisode en épisode, plusieurs séquences à fort suspense nous ont captivé, l’histoire est bien écrite et riche en rebondissements. On a surtout beaucoup de sympathie pour le quatuor principal, en espérant sans cesse que leurs états d’âmes vont finir par avoir un impact sur l’intrigue (ce qui arrive pour seulement deux de ces personnages en guise de conclusion).

Vince Vaughn dans un rôle sérieux comme on devrait lui en donner plus souvent
Vince Vaughn dans un rôle sérieux comme on devrait lui en donner plus souvent

Il est juste dommage qu’au bout de huit épisodes, on ait eu l’impression d’être dans une voiture roulant au point mort sur des routes qui ne se croisent jamais. D’autant plus dommage que les quatre acteurs sont parfaits dans leurs rôles respectifs et méritent bien des éloges (avec ma palme pour l’interprétation charismatique de Vince Vaughn). La réalisation parfaitement maîtrisée aurait pu avoir bien plus d’impact si les histoires allaient quelque part. A la place, on quitte cette saison 2 comme si on abandonnait sur l’autoroute des personnages sympathiques qui, au final, ne nous aurons pas laissé grand chose. On savourera juste les ambiances dans lesquelles on a été placé et ses quelques musiques envoûtantes, et on partira en modifiant les paroles du sublime générique chanté par Léonard Cohen :

The story’s told with facts and lies,
It led nowhere, but nevermind

CTCQJ-approved

 

 

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Cinévore reconverti dans les séries. J'adore parler de mes relations fusionnelles avec les films et séries qui ont su me séduire ! Spécialité : Séries

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