La nouvelle vient de tomber, nous assistons à la dernier saison de la série Hannibal, que la chaine NBC ne renouvèlera pas au terme de cette troisième saison.

On peut comprendre cette annulation. Malgré toutes ses qualités, Hannibal est une série bancale qui peine à trouver son rythme. En adoptant un format feuilleton, les deux première saisons ont principalement enchainé des enquêtes de serial killers rondement menées par Will Graham et son psychologue cannibale Hannibal, comme on enchainerait le service de plats au restaurant. D’un épisode à l’autre, peu d’évolutions : Will Graham est continuellement perdu entre sa fascination morbide pour les criminels qu’il pourchasse et sa peur de se laisser dépasser par ce coté obscure. Hannibal reste résolument insaisissable. Cela lasse un peu, au bout d’un moment, de voir les œuvres d’art glauques s’enchainer sans qu’un seul des personnages ne se décide à prendre acte.

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Les saisons sont parcourues de mini-arcs intéressants qui viennent tendre l’intrigue à travers les épisodes : la mise en cage (trop brève) de Will Graham, la fascination pour la fille du Minesotta Shrine, la récidive du Dr. Guideon, l’effondrement de Will ou le cas malade (même si peu convaincant) du jeune Mason Venger. Hélas, les passages thrillers sont trop rares, et notre enquêteur empathique passe plus de temps dans des face à face interminables avec Lecter, où les deux échangent essentiellement des dialogues abscons.

Enfin, un autre défaut d’Hannibal, c’est qu’en dehors du trio Lecter-Graham-Crawford, les personnages annexes n’ont pas de personnalité et peu d’intérêt en dehors des sévices qu’ils font subir à leurs victimes (avec une exception pour le personnage joué par Michael Pitt). Si l’alchimie entre Hugh Dancy et Mads Mikkelsen fonctionne parfaitement, les autres personnages sont ennuyeux au possible et n’arrivent pas à rendre intéressants leurs dialogues sophistiqués et vides. La palme revient de ce point de vue à la psychologue d’Hannibal jouée par Gillian Anderson : non seulement elle a un patronyme plus horrible que les crimes du cannibale (comment peut-on s’appeler Bedelia Du Maurier ?), mais elle a une implication émotionnelle proche de zéro, rendant sa relation avec le tueur moins palpitante qu’un livre de Kant.

Bref, Hannibal est comme un repas chez ses grands parents : en dehors de deux personnes de la famille que l’on a plaisir à suivre et les plats savoureux de la grand mère, le reste de la famille est bien peu intéressant.

Alors voyons, il y a Hannibal, Will, l'inspecteur Machin... la rousse... les autres sont déjà oubliés (ou digérés)
Alors voyons, il y a Hannibal, Will, l’inspecteur Machin… la rouquine… les autres sont déjà oubliés (ou digérés)

Pourtant, ce ne sont pas pour ces raisons que la série n’a pas été reconduite, mais au contraire pour ses plus grandes qualités. Si le format série/feuilleton fonctionne moyennement sur la durée, c’est par son esthétique que Hannibal remporte tous les cœurs. Chaque meurtre est une œuvre d’art visuelle, chaque reconstitution mentale de Will Graham est un tour de manège sensoriel, chaque attaque brutale d’Hannibal respire l’intelligence.

Si la série Hannibal n’est pas bonne sur le rythme, chaque épisode est une très jolie peinture des esprits psychopathes qui s’expriment à travers la mutilation de la chair, avec Hannibal comme roi de cet échiquier sanglant. A travers la fascination morbide de Will Graham, c’est surtout la notre qui est excitée, puisque nous voulons voir plus de corps écartelés qui nous rapprochent, sans jamais l’atteindre, de l’artiste qu’est Hannibal Lecter.

Hannibal prend donc un malin plaisir, et c’est surtout visible dans la 3e saison, à étaler en longueur les natures mortes sanguinolentes avec forces de bruitages et musiques malsaines. Et pendant que le thriller qu’on attend de la série s’endort, c’est surtout une histoire d’amour, une Bromance entre Graham et Lecter qui se peint au fur et à mesure. Le rythme régulier des enquêtes laisse place à de longs dialogues sans queue ni tête, mais qui montrent à quel point le profiler et le psychologue ne peuvent vivre l’un sans l’autre. On a même en prime une relation familiale où Lecter et Graham forment un couple étrange de pères pour une jeune fille tueuse qui s’ignore.

Enfin, la série n’est jamais aussi bonne que lorsque le rythme langoureux est tout d’un coup transpercé par un flash de violence, lorsqu’un personnage s’approche trop près d’Hannibal. Tout d’un coup, la glace se rompt, la nature morte s’éveille, et l’on se retrouve deux fois plus fasciné et excité par les contre-attaques d’Hannibal.

Soyons clairs, il ne se passe pas grand chose dans cette nouvelle saison. C’est sans doute ce paris risqué du « tout esthétique » qui a amené à l’annulation de cette série. Mais en laissant carte blanche à son créateur, elle est devenue une exception dans le paysage télévisuel, avec une narration bancale, des seconds rôles peu convaincants, mais une esthétique et un duo savoureux que l’on va suivre en salivant pendant encore quelques épisodes.

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Cinévore reconverti dans les séries. J'adore parler de mes relations fusionnelles avec les films et séries qui ont su me séduire ! Spécialité : Séries

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