Le titre du troisième album de Pearl Jam est tiré d’un livre encyclopédique qui énumère la liste de toutes les méthodes médicales visant au bien-être. Un titre qui en dit long sur la mauvaise passe que traverse alors la bande à Eddie Vedder en cette année 1994. C’est bien simple, cette année-là, le groupe est quelque peu cerné de tous les côtés. A commencer par la lutte juridique sans merci contre Ticketmaster, agence américaine de mise en vente des billets dont ils mettent en cause les tarifs onéreux et illégaux et où finalement ils ne laisseront que des plumes. La rivalité supposée avec Nirvana qui fait les choux gras de la presse et qui se solde par le suicide de Kurt Cobain le 05 avril 1994. Les tensions internes entre les membres et tout particulièrement avec le batteur Dave Abbruzzee qui finira par quitter un groupe au bord de l’implosion après l’enregistrement. Les addictions toxiques qui rongent certains membres comme Mike McCready en proie à la cocaïne.

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C’est donc dans un climat délétère que Pearl Jam procède à la création de ce Vitalogy avec le fidèle producteur Brendan O’Brien aux manettes et tout le disque respire la tension permanente dans laquelle le groupe se débat entre ses différents déboires. Last Exit ironiquement placé en morceau d’ouverture évoque le suicide tandis que Spin the Black Circle alimente la noirceur qui se veut la couleur dominante du disque. Dans Not For You et Tremor Christ, les hurlements écorchés d’Eddie Vedder font froid dans le dos. Au fur et à mesure que le disque progresse et de façon encore plus nette que dans leur précédent opus Vs (1993), Vitalogy est un album à la tonalité encore plus dépouillée et où le groupe n’hésite pas à reculer encore davantage ses limites en matière d’expérimentation musicale ce qui ajoute à la fois un côté claustrophobique à l’atmosphère étouffante dans laquelle le disque baigne (voir le dernier titre: Hey Foxymophandlemama, That’s Me) et de brefs quoi qu’inquiétants instants de trêve salutaire (Pry, To; Bugs et son accordéon déglingué)

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Pourtant comme l’a très justement fait remarqué le site musical américain de référence All Music Guide: « c’est lorsque Pearl Jam affronte ses démons qu’il donne le meilleur de lui-même » et c’est ici bien vu. Beaucoup de morceaux ont été composés à la suite de jams (on entend parfois à la fin de quelques morceaux les musiciens arrêter leurs instruments) et se révèlent diaboliquement efficaces. Spin the Black Circle précédemment cité est en même temps un hommage au disque vinyle. Vitalogy paraîtra d’abord sous cette forme avant d’être publié en CD passant ainsi de la 173ème à la première place dans les classements en une semaine à Noël 1994. D’autres sommets que le groupe continuera à interpréter en concert au fil des années avec une régularité intacte méritent d’être cités comme l’émouvant Better Man, écrit alors que Vedder était encore lycéen ou Corduroy qui malgré son manque d’inspiration occupe une place de choix dans le cœur des fans. Sans oublier Immortality où le groupe suit les traces de son mentor, Neil Young. Moralité: même en abordant des thèmes douloureux et au cœur de la souffrance, Pearl Jam traverse ces épreuves avec un courage exemplaire.

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A l’arrivée et même si l’on est en droit de juger l’album inégal, il y a plus de réussites que d’échecs dans le troisième chapitre de la carrière de Pearl Jam qui sont largement suffisantes pour l’acquisition de l’album. On l’a vu, son enregistrement a été effectué dans la douleur mais le groupe ressortira plus soudé de ces épreuves et épaulé par Neil Young suivra son exemple en se laissant guider par son intuition sans vraiment donner au public ce qu’il souhaite entendre de lui.

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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