Dans la famille Yorke, je voudrais… le benjamin : Andy Yorke, même si de manière générale au sein du monde rock, il ne fait pas toujours bon ménage entre les membres d’un même foyer de se trouver une place au soleil. En effet, les premiers arrivés seront servis et les autres devront se contenter de ce qu’il restera pour eux. La famille Lennon en sait quelque chose car les fils Julian et Sean ont dû batailler ferme pour se débarrasser de l’ombre encombrante de leur père dans leur parcours musical. Sans compter, les frères dans un même groupe dont les luttes d’égo ont très souvent abouti au départ de l’un d’entre eux (les frères Knopfler chez Dire Straits) quand ce n’était pas la dissolution pure et simple de la bande (la dissolution d’Oasis en 2009).

Mais revenons au cas des frères Yorke. Tout le monde se souvient qu’en 1997, Radiohead régnait en maître sur la planète rock grâce au séminal OK Computer, réconciliant par la même occasion les amateurs de rock aventureux avec les auditeurs de radio exigeants. Pourtant, à la même époque, un trio britannique, lui aussi originaire d’Oxford a suscité le buzz sur les ondes (quoiqu’à un degré moindre) et malheureusement, un peu pour les mauvaises raisons. Ce groupe était mené par Andy Yorke, le frère de Thom Yorke. On peut imaginer le petit malentendu qui a saisi les spectateurs, curieux de découvrir sur scène et sur disque le cadet Yorke. Le phénomène qui a pris de l’ampleur dans la presse avec le leader d’Unbelievable Truth agacé, devant essuyer moult comparaisons avec Radiohead et redoublant de justifications en quoi ces liens étaient exagérés, voire erronés. Mais comme l’a fait remarqué la revue britannique Q Magazine en 2001 : « En dépit de tous ses efforts pour se démarquer de façon authentique, Andy Yorke était condamné à vivre dans l’ombre de son frère« . La chance ne lui a d’ailleurs pas autant souri car l’impact d’Almost Here fut bien moindre que celui d’OK Computer et malgré un succès correct, le contrat du groupe avec Virgin ne fut pas renouvelé. Après un deuxième album en 2000 qui accusait un manque de renouvellement formel et un décevant point final sous forme de compilation de faces B et de raretés, Unbelievable Truth quitta en toute discrétion le monde de la musique.

On se dit que c’est vraiment dommage qu’Andy Yorke n’ait pas eu la carrière qu’il méritait car ce serait une insulte que de condamner ce Almost Here par l’éloge de la tiédeur. Ce premier album très prometteur se démarque des courants musicaux auxquels tout semble le rattacher et surtout ne fait pas l’effort de suivre une mode quelconque même si des influences évidentes se font sentir comme Jeff Buckley ou American Music Club. Les comparaisons avec qui vous savez ne sont sans doute pas les bienvenues, pourtant on ne peut s’empêcher de penser qu’Andy a gardé de Radiohead (consciemment ou non) le ton vocal plaintif et la grâce fragile qui ont fait la force des chansons de son frère. Peu importe qu’il ait écouté ou non ces titres, les deux qualités mentionnées se retrouvent chez Unbelievable Truth  transposées dans une mélancolie voluptueuse sans jamais être aguicheuse. Dans les interviews de l’époque, Andy a avoué être à l’aise avec ce sentiment qui donne aux 11 chansons de cet album, leur principale raison d’être. Dès les premières mesures de Solved, le ton est donné et il se teinte tantôt de compassion (Same Mistakes), tantôt d’incertitude (Be Ready) et ne quitte même jamais les titres rapides comme Higher Than Reason où le charme opère sans complexe. Le tout, dénué de pathos inutile grâce à une certaine distance dans l’interprétation faisant inconsciemment écho au mystère que développait Andy dans les entretiens quant à sa personnalité et ses rapports avec la célébrité.

On s’étonne donc, que des merveilles telles Stone ou Be Ready (au parfum sous-jacent de country qui prouve la capacité de Yorke à subtilement incorporer d’autres styles dans sa formule) qui ont tout le poids qualitatif que l’on attend d’elles aient eu le plus grand mal à trouver grâce aux oreilles du grand public. Elles avaient tout pour être choyées et réecoutées en boucle indéfiniment. Mais comme il a été mentionné ci-dessus, peut être est-ce la personnalité introvertie d’Andy Yorke ou l’ombre écrasante de son frère qui ont empêché Unbelievable Truth d’apporter une facette de la vérité aux oreilles du monde. De plus, son leader ne se sentait pas très à l’aise dans son rôle et dans le cirque médiatique au point qu’après la disparition du groupe, il s’en est retourné à ses premiers amours : la Russie, sa culture et sa langue. Cela ne l’empêchera pas de publier un album solo en 2007 empli de sensibilité et de tourner en France (passage émouvant à Rouen en mai 2008). En tout cas, Almost Here illustre parfaitement la maxime de Victor Hugo: « la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste« . Et en n 1998, les parents Yorke avaient de bonnes raisons d’être fiers de leurs enfants !

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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