On ne présente plus Bruce Springsteen, immense auteur-compositeur, chanteur, guitariste nourri de diverses influences qu’il a synthétisées en un style musical qui n’appartient qu’à lui, même s’il a été beaucoup imité par plusieurs de ses disciples musicaux. Les chefs-d’œuvre se bousculent comme Born To Run (1975) ou Born in the U.S.A. (1984). Ici, il sera question d’un coffret paru à l’automne 1998 malicieusement intitulé Tracks (jeu de mot entre les chansons et les traces). Comprenant 66 chansons courant sur quatre disques, il est exclusivement constitué de chutes de studios (outtakes en anglais), de faces B de singles et de versions alternatives de chansons précédemment parues sur les albums officiels ou que le Boss réenregistrera ultérieurement. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on trouve largement à boire et à manger à en juger par la qualité consistante de ces morceaux que leur auteur avait écartés pour différentes raisons: soit parce qu’elles ne cadraient pas avec l’esprit d’un album, soit parce qu’elles n’étaient tout simplement pas assez bonnes ou simplement parce qu’il n’y avait plus de place pour les inclure sur les albums. Quand on pense que Springsteen avait envisagé d’inclure un cinquième CD, on ne peut que regretter l’absence d’autres chansons probablement du même acabit. Mais il serait malvenu de faire la fine bouche devant ce copieux programme qui a été concocté avec soin et respect.

Premier CD: couvrant la période 1973-1977, il présente quelques démos enregistrées pour le patron de CBS-Columbia (John Hammond) dont Does This Bus Stop at 82nd Street ? qui sera reprise dans le premier album du Boss: Greetings From Asbury Park, NJ (1973) et elles frappent par leur dénuement et leur sincérité. La suite du disque témoigne de la tonalité épique que l’auteur de Born To Run essayait d’adopter à l’époque comme So Young & In Love ou Thundercrack. On notera également la chanson Hearts of Stone qui fut reprise par un autre chanteur du New Jersey, certes beaucoup moins connu que Bruce mais tout aussi respectable: Southside Johnny.

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Deuxième CD: englobant la fin des années 70 jusqu’au milieu des années 80, il montre le trop-plein de créativité que le Boss traversait en termes d’influences musicales, sociales, politiques et qu’il a essayé de capturer dans cette myriade de morceaux avec le lyrisme, la générosité qui l’ont toujours caractérisés. Il y évoque les fidélités en amour (Be True), les émois adolescents (Ricky Wants a Man of Her Own), les tourments sociaux et économiques (Wages of Sin). En plus d’une lecture différente mais tout aussi émouvante de Stolen Car (dont la version originale apparaît sur the River, 1980), une autre version différente d’un des titres phares du Boss mérite largement le détour. Il s’agit de Born in the USA qui n’a absolument rien à voir avec la version définitive et bodybuildée qui fera le tour du monde en 1984 récoltant au passage, de nombreux malentendus. Ici, elle est dans l’esprit de Nebraska avec son rythme monocorde, sa tonalité désespérée et ses gémissements à la Alan Vega, chanteur culte du duo punk américain Suicide.

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Troisième CD: à cette époque le Boss est au sommet de sa gloire grâce au succès phénoménal de Born In The U.S.A. dont les inédits renforcent et confirment la puissance artistique tels My Love Will Not Let You Down ou Pink Cadillac (cette dernière chanson apporte une preuve supplémentaire que les faces B peuvent être d’une qualité égale aux faces A puisqu’elle accompagnait le single Dancing in the Dark à l’époque). Par la suite, Bruce Springsteen connaîtra des déboires sentimentaux qu’il tentera d’exorciser avec le dépouillé Tunnel of Love (1987) et dont Lucky Man et the Wish se feront les garants mais ils portent également la marque de sa versatilité en matière d’écriture de morceaux variés.

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Quatrième CD: à première vue moins intéressant que les trois autres disques étant donné qu’il se concentre sur les années 90 et qu’à cette époque le Boss avait viré son formidable groupe le E Street Band pour s’entourer de requins de studio dont le batteur Jeff Porcaro de Toto. Ce serait pourtant une erreur car au fil de ces inédits, Bruce Springsteen n’a pas perdu sa flamme d’inspiration. Sad Eyes, Loose Change pour ne citer qu’eux, sans oublier le poignant Brothers Under the Bridge, inédit de the Ghost of Tom Joad (1995).

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A l’arrivée, un coffret aussi indispensable que les disques officiels pour une vision globale (quoiqu’ inévitablement incomplète) de l’arrière-cour de l’entreprise du Patron et qui ravira aussi bien ses fans que les mélomanes au même titre que les Bootleg Series de Bob Dylan. Dernière précision: les ventes de ce coffret ayant été un peu en-deçà des attentes de CBS-Columbia, une version raccourcie d’un seul disque est parue avec trois inédits l’année suivante en 1999: Trouble River, the Promise, et the Fever. Ridicule, quand on sait qu’il y avait encore la place de les inclure dans le coffret. Néanmoins, sa parution marquera pour le Boss ses retrouvailles avec le E Street Band pour une tournée réussie, commercialement et artistiquement parlant.

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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