L’année 1967 fut une année charnière dans le rock puisqu’elle a vu se succéder des chefs-d’œuvres qui ont indiqué des directions musicales à suivre pour de nombreux groupes et artistes à venir tels que le premier album mythique du Velvet Underground, les Byrds et leur Younger Than Yesterday, le Forever Changes de Love et bien sûr le Sergent Peppers des Beatles. Ce légendaire premier album de Pink Floyd a sa place parmi eux. Sorti en plein été de cette année-là, il confirme pleinement les espoirs placés en ce groupe dont les simples Arnold Layne (n°20, GB) et See Emily Play (n°6, GB) sortis plus tôt dans l’année avaient dévoilé l’univers tout particulier crée en majeure partie par ce songwriter tourmenté qu’était Syd Barrett. Les trois autres membres n’avaient jamais tari d’éloges à son égard. Pour le batteur Nick Mason, « Syd était un génie« , compliment que ne contredira pas le futur guitariste du groupe David Gilmour, impressionné par ses paroles surréalistes et son jeu de guitare tout bonnement novateur du rock psychédélique. En outre, de nombreux musiciens tels Graham Coxon de Blur ou Robyn Hitchcock continuent à se réclamer de lui.

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L’album fut enregistré aux célèbres studios Abbey Road au printemps 1967. Au même moment et au même endroit, les Beatles accouchaient de Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band, ce qui engendrera des discussions passionnées entre mélomanes quant à savoir si les deux groupes se sont inspirés réciproquement. Pour le premier manager du groupe, Peter Jenner: « je suis certain que les Beatles copiaient ce que nous faisions » tandis que Nick Mason a dans une interview dévoilé qu’ils avaient rendu visite aux « Fab Four » alors qu’ils travaillaient sur Lovely Rita. En tout cas, peu importe les sources d’inspiration, the Piper at the Gates of Dawn a posé les bases du rock psychédélique avec ses guitares tournoyantes, ses claviers dimensionnels, soutenus par une section rythmique souvent aux portes de la folie. Cet univers authentique trouve parfaitement à s’exprimer et atteint un point culminant dans le morceau de bravoure de près de 10 minutes, Interstellar Overdrive. Démarrant sur une mélodie faussement rassurante, le groupe lâche la bride avant même la fin de la première minute et consacre la quasi-totalité du morceau à l’expérimentation sonore sans tomber dans la redite ou la redondance. Presque partout ailleurs, le groupe arrive à une sorte de compromis avec le producteur Norman Smith dans le sens où ce dernier les talonnait pour écrire des chansons relativement courtes autour de trois minutes mais cela n’excluait pas pour eux de se forger un son unique, renforcé par les paroles de Syd Barrett qui puisent leur inspiration dans le folklore des contes de fées. En effet, gnomes, épouvantails, chats ensorcelés se succèdent dans une joyeuse sarabande dans un univers mélangeant acidité et tendresse.

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Ce monument musical sera couronné d’un succès critique et commercial tout à fait mérité mais ce sera également le début de la fin de Syd Barrett qui pètera les plombs, incapable de gérer ce succès suite à une consommation astronomique de LSD et à de graves troubles psychiques. Il parviendra néanmoins à enregistrer deux influents albums solos au début des années 70 avant de retourner vivre chez sa mère à Cambridge. Ces deux opus et ce premier album imposant du Floyd, qui par la suite trouvera son identité musicale et commerciale renforcée par l’arrivée de David Gilmour en 1968 sont largement suffisants pour lui assurer sa place au panthéon du rock.

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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