A la fin du XXème siècle, the Cure avait pris un virage plutôt optimiste avec le regard tourné en avant sur Wild Mood Swings (1996). En ce début du XXIème siècle, Robert Smith et sa troupe ont décidé de regarder dans le rétroviseur pour dresser un éventuel bilan avec Bloodflowers (2000). Si l’album précédent affichait une hétérogénéité assumée, la cuvée 2000 présente au contraire un resserrement aussi homogène que possible. Il faut dire que lorsque Robert Smith s’est mis à l’écriture de cet album, il avait annoncé qu’il serait l’ultime disque d’un groupe qu’il a animé depuis la fin des années 70. Cependant, étant donné qu’il a régulièrement manifesté cette volonté au fil des années et que 15 ans après la sortie de l’album chroniqué, son groupe est toujours aussi présent sur le devant de la scène, on est en droit de se demander si cette « menace » est du lard ou du cochon.

 

Conçu comme le troisième volet d’une trilogie entamée avec Pornography (1982) et poursuivie avec Disintegration (1989), Bloodflowers semble faire du coude à ceux qui ne juraient que par le côté sombre du groupe où le désespoir le disputait à la noirceur. Ici, c’est plutôt une mélancolie imperméable qui règne en maître sur la totalité de l’album et Robert Smith a mis les bouchées doubles pour faire de cet album une fin de parcours définitive. Nous avons affaire à une production très travaillée au niveau du son, des textures et qui démarre en douceur avec Out Of This World qui montre aux « corbeaux » qu’ils sont en territoire connu. Ce titre dégage une agréable tristesse où il fait bon se laisser glisser. Difficile également de résister à la beauté lancinante de the Last Day Of Summer qui de par ses notes délicates parvient à capturer la fin des beaux jours au sens propre comme au figuré. Maybe Someday amorce une brève mais salutaire accélération rythmique et le choix du deuxième épithète n’est pas fait par hasard. En effet, malgré ses moments tout à fait savoureux, Bloodflowers offre peu de variations de tempo selon ses morceaux qui sont presque tous enfermés dans le même carcan. Du coup, on n’est jamais vraiment loin de tomber dans l’ennui et la machine tourne quelque peu à vide sur la deuxième partie du disque comme 39 et sa parole révélatrice: « the fire is almost out and there’s nothing left to burn » ou la chanson titre. Sans parler d’un Watching Me Fall qui a du mal à finir malgré un début prometteur.

Au bout du compte, Bloodflowers est un album trop dense, voire stagnant qui à grands renforts de sons un peu sentencieux met un terme à un parcours discographique déjà riche en émotions musicales. Il finit par manquer son but, ce qui n’empêchera pas le groupe d’annoncer des mesures concrètes comme la vente aux enchères de son matériel à l’issue du Dream Tour 2000 ou l’interprétation de la trilogie (citée plus haut) en live à Berlin en novembre 2002. Pour l’heure, en 2015, après la publication de 2 autres albums, des rééditions deluxe en pagaille et plusieurs tournées à leur actif (concert marathon du groupe à Bercy en mars 2008 de 3h30 où j’étais), the Cure court toujours……

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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