Avant la sortie de ce chef-d’oeuvre injustement passé inaperçu en 1987, le dernier album de Warren Zevon, the Envoy datait de 1982. Entre ce long lapse de temps et suite à un traumatisme causé par la rupture de son contrat avec Asylum Records pour cause de ventes insuffisantes, il a entamé une longue cure de désintoxication pour combattre son alcoolisme tout en entreprenant une psychanalyse salvatrice sur lui-même. Des épreuves dont il est ressorti « clean » et si le grand public n’a pas eu l’air de l’attendre avec impatience à sa sortie, en revanche la presse musicale et surtout ses pairs musiciens l’ont soutenu de manière indéfectible. Il suffit de parcourir les notes du disque pour savoir à qui l’on a affaire: les trois quarts de R.E.M. (sans Michael Stipe), Don Henley des Eagles, Neil Young, Bob Dylan et même……..Flea des Red Hot Chili Peppers! Warren Zevon représente le parfait exemple d’un auteur-compositeur, chanteur, guitariste adoubé par ses pairs et de la critique mais inconnu dans le cœur du grand public. Lors de sa mort d’un cancer du poumon en septembre 2003 à l’âge de 56 ans (il était également malheureusement connu pour ses excès tabagiques), ses amis musiciens dont Jackson Browne et Bruce Springsteen ont participé à un album hommage qui lui a été dédié. Même des célébrités qui s’intéressent un tant soit peu au rock lui vouent une admiration sans bornes comme le romancier Stephen King ou l’acteur Adam Sandler.

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La célèbre expression du philosophe allemand Friedrich Nietzsche: « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » semble avoir été le mot d’ordre de Warren Zevon quand il s’est attelé à l’écriture et à l’enregistrement de ce « Sentimental Hygiene ». Son précédent album, the Envoy avait laissé le public quelque peu sur sa faim. Comme s’il avait cherché à rectifier le tir et à prouver qu’il était encore en pleine possessions de ses moyens, l’auteur de Trouble Waiting to Happen propose des chansons roboratives et musclées où la myriade d’invités musicaux ne cherche pas à tirer la couverture à eux mais se fondent astucieusement dans la progression des chansons pour que leur auteur n’y perde pas son identité. Zevon y règle ses comptes avec ses démons comme sur Detox Mansion où il évoque les moments sombres de sa cure de désintoxication mais laisse l’espoir filtrer pour un avenir plus serein. Reconsider Me et son émotion à fleur de peau vaut peut être à elle seule l’acquisition du disque. Ailleurs, l’auteur ne néglige pas ses thèmes de prédilection comme l’aliénation sociale avec un humour corrosif sur Leave my Monkey Alone ou the Factory où les « Yes Sir! No Sir! » font écho à ceux du sergent Hartmann dans le film Full Metal Jacket sorti la même année.

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La critique a tendance à plébisciter le premier album éponyme de Warren Zevon paru en 1976, et à juste titre mais Sentimental Hygiene compte parmi ses réussites discographiques les plus éclatantes. A réhabiliter d’urgence! Ultime précision: comme je l’ai écrit au début de cette chronique, R.E.M. a contribué à donner un coup de main altruiste à leur ami. L’expérience sera tellement revigorante pour les deux parties qu’elles enregistreront à la même époque en une nuit une série de reprises de rock (dont le Raspberry Beret de Prince) sous le pseudonyme Hindu Love Gods. Le résultat hautement jubilatoire sera publié en 1990. J’en parlerai dans une autre chronique.

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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