Si vous vous demandez qui est Roger Waters, et bien sachez qu’il s’agit de la force créatrice de Pink Floyd. L’homme qui a contribué à créer le légendaire Dark Side Of The Moon (1973), à ériger pratiquement à lui tout seul the Wall (1979) mais également à empêcher le guitariste David Gilmour et le batteur Nick Mason (le claviériste Rick Wright ayant été viré du groupe pendant l’enregistrement de the Wall, il réintègrera le groupe dans la deuxième moitié des années 80) de continuer sous le nom de Pink Floyd. Peine perdue puisque le groupe reviendra au tout premier plan vers 1987-1988 tandis que le bassiste intraitable devra se contenter d’une carrière solo restreinte et d’une audience limitée. En 1990, un concert donné à Berlin avec une kyrielle d’invités dont les Scorpions et Sinead O’Connor s’avèrera être un succès mitigé. 2 ans plus tard, il publie cet Amused to Death qui n’obtiendra pas véritablement le succès escompté malgré une très respectable huitième place dans les classements britanniques et un correct n°21 aux Etats-Unis. Ces dernières années, Roger Waters a fait salle comble et même stade comble (stade de France en septembre 2013) avec ses shows de the Wall (la brève reformation du groupe au Live Aid en 2005 et son impact toujours croissant sur le grand public sont passés par là) et à l’époque d’Amused to Death, il avait déclaré qu’il partirait en tournée si l’album se vendait à au moins 2 millions d’exemplaires. Malheureusement, il n’atteindra que la moitié de ce nombre ce qui lui fera dire avec amertume mais avec une certaine justesse: « s’il était sorti sous le nom Pink Floyd, il aurait marché ». Ceci expliquera en partie son retrait volontaire de la scène pour le reste des années 90. On pourrait ajouter qu’en raison du caractère anonyme des différents membres du groupe, le grand public a eu du mal à l’associer à Pink Floyd.

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Ce serait pourtant une erreur de le dénigrer. Au cœur de cet Amused to Death, Roger Waters règle ses comptes avec certains aspects douloureux de son passé, notamment la seconde guerre mondiale qui l’a privé de son père. Le morceau d’ouverture, the Ballad of Bill Hubbard évoque un tireur d’élite mort pendant un conflit, abandonné par ses frères d’armes tandis que la ligne suivante dans Too Much Rope, « each man has his price, Bob and yours was pretty low » est une rengaine pleine d’amertume dirigée contre le producteur Bob Ezrin (Lou Reed, Peter Gabriel, Alice Cooper) qui l’avait laissé tomber après the Wall pour rejoindre Pink Floyd. Mais surtout, il se livre à un brûlant réquisitoire contre la civilisation occidentale qui occupe l’essentiel de ce disque. On peut dire qu’il a adopté une attitude très cinglante dans ses observations qui tombent souvent juste au cours de ce très long album (plus de 70 minutes). Waters s’en prend pêle-mêle à l’impérialisme américain qui a colonisé sans vergogne les 4 coins de la planète (It’s a Miracle), au pouvoir lobotomisant de la télévision (Watching TV) qui de par les médias, a banalisé la violence au point d’en faire un spectacle (Late Home Tonight) mais aussi à la première guerre du Golfe où dans the Bravery of Being out of Range, il fustige les dirigeants de ce monde qui donnent les ordres mais ne prennent pas part au conflit sur le terrain. Tout cela contribue à un tableau peu reluisant de la société occidentale de la fin du XXème siècle et même du début du XXIème siècle et ces thèmes sont toujours aussi pertinents plus de 20 ans après la sortie du disque.

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Musicalement, l’album adopte une tonalité très contemplative et se situe à un juste milieu entre the Wall qui était un peu trop grandiloquent par moments et the Final Cut (1983), le dernier album de Pink Floyd avec Roger Waters qui manquait singulièrement de punch. Malgré quelques longueurs superflues, Roger Waters sait être corrosif ou calme quand il le faut et sa musique suit en cela. Il faut dire qu’il s’est entouré d’une belle brochette d’invités prestigieux parmi lesquels Don Henley des Eagles, Steve Lukather et Jeff Porcaro de Toto et surtout le « guitar hero », Jeff Beck qui fut pressenti pour rejoindre Pink Floyd en 1968 après le départ de Syd Barrett. On mentionnera également les trouvailles sonores ingénieuses que l’on appréciera d’autant plus lors de l’écoute du disque avec un casque sur les oreilles

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A l’arrivée, Roger Waters a réussi à atteindre un équilibre entre ses observations pertinentes et sa musique très « spleenéique ». Méconnu, cet album mérite d’être redécouvert.

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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