Comme l’a écrit Philippe Manoeuvre dans le deuxième tome de « sa » discothèque idéale paru en 2011 : « dans l’inconscient collectif rock français, les Byrds existent à peine« . Alors autant faire une brève présentation de celui qui fait l’objet de cette chronique. Roger McGuinn, donc, fut effectivement le leader des Byrds et même si ce groupe américain mythique a compté dans ses rangs de remarquables auteurs-compositeurs tels David Crosby, Gene Clark ou Gram Parsons , c’est lui qui a non seulement inventé ce son si délicieusement carillonnant mais également emmené le groupe dans tous les champs d’investigation du rock dignes d’intérêt comme le folk, la pop, le psychédélique et même la country. Au point qu’on lui attribuerait sans hésitation l’expression « tête pensante » au sens noble du terme. Mais les revers de la médaille ont été rudes : cette volonté de faire mouche sur tous les tableaux a aliéné le public et l’impact commercial du groupe s’en est trouvé inévitablement amoindri.

Les luttes d’ego au sein du groupe, les coups fourrés de leur management ont concouru à faire des Byrds l’un des groupes les plus malchanceux de toute l’histoire du rock. Après une brève reformation de la composition originelle en 1973 qui a débouché sur leur séparation, il ne restait plus à Roger McGuinn que de faire cavalier seul au cœur d’une carrière solo en dents de scie. Elle l’a finalement réduit à vivre dans le dénuement mais un dénuement voulu comme il l’expliquera à Yves Bigot lors de la publication de Back From Rio début 1991 :

« Après l’échec de la réunion Clark-Hillman-McGuinn en 1979, moi et ma femme Camilla avons décidé de faire le point et d’oublier les vicissitudes du passé. De quoi avions-nous besoin pour être heureux? Pas grand-chose en vérité. Nous avons loué un camping-car, jeté quelques guitares et parcouru les États-Unis pour jouer dans de petits clubs enthousiastes. C’était un vrai plaisir de jouer et de voir ou d’entendre tous ces gens chanter et frapper dans leurs mains! » – Roger McGuinn

On le voit, l’ex pilote des Byrds s’est parfaitement accommodé de cette vie de bohème et la chance lui a parallèlement souri à nouveau. Dans les années 80, les Byrds commencent à être redécouverts et loués un peu partout avec les Smiths, Tom Petty et R.E.M. qui se réclament ouvertement d’eux. Dans le même temps, Roger Mc Guinn est invité à se joindre à des tournées de vétérans du rock comme Bob Dylan (concert désastreux à Bercy le 07 octobre 1987 comme en témoigne le blog « Une vie de concerts« ) ou des nouveaux venus tels Crowded House. En 1990, la mise en vente d’une Rickenbacker à l’effigie de McGuinn constitue pour lui un véritable honneur et l’année suivante, l’intronisation des Byrds au Rock N’Roll Hall of Fame apparaît comme le geste ultime d’une sanctification méritée. Dans un contexte aussi favorable, l’enregistrement d’un nouvel album ne pouvait faire que d’une pierre deux coups : une évidence indiscutable et la suite logique d’une série d’événements bienfaisants car réhabilitateurs qui ont définitivement consolidé les Byrds sur leur piédestal.

Si Roger McGuinn fut le fil directeur dans les explorations musicales des Byrds, les albums solos qu’il a publiés ne bénéficient généralement pas de la même côte que les critiques attribuent généralement (et très justement) aux échappés solo de Gene Clark et de David Crosby. Pourtant Back From Rio a tout pour ravir les fans de guitare Rickenbacker. D’autant que comme le regretté Roy Orbison pour son ultime point d’orgue Mystery Girl (1989), de nombreux admirateurs des Byrds sont venus prêter main forte à Roger McGuinn pour l’enregistrement de son petit chef-d’œuvre et ces traitements de faveur lui ont donné des ailes. On sent que l’accouchement s’est réalisé dans la plus grande décontraction, à commencer par le choix du titre lui-même, dénotant l’humour de son auteur. Il faut savoir que le véritable prénom de Roger McGuinn était Jim et qu’il a changé de patronyme en 1967 pour des raisons religieuses. D’où des théories farfelues selon lesquelles depuis ce changement d’identité, Roger McGuinn est parti vivre à Rio et a été remplacé par son frère qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. On n’est pas loin de l’esprit des rumeurs saugrenues autour de la « mort » de Paul McCartney à la même époque.

En tout cas, Back From Rio est une bonne illustration de la formule « comment faire du neuf avec du vieux ». Dès le premier titre, Someone To Love, on est rassuré de constater que c’est le son des sixties élaboré par les Byrds remis au goût du jour du début des années 90. Pratiquement rien n’a changé et que c’est très bien comme çà. A la limite, on a presque envie d’écouter le disque pour se laisser envoler par les irrésistibles parties de guitare qui forment pratiquement à elles seules les colonnes vertébrales des chansons. L’exercice de la composition n’a jamais été le point fort de McGuinn. C’est un peu difficile à croire mais du temps des Byrds, il n’a signé seul que quelques compositions (Mr Spaceman), ce qui est peu en regard de leur riche répertoire. Ses spécialités étaient les reprises (Dylan bien sûr) et les participations collectives aux morceaux, un jeu à double tranchant quand on sait que le groupe a été miné par des problèmes d’ego. Pour Back From Rio, son épouse Camilla l’a fidèlement secondé de même que des rockeurs renommés comme Tom Petty ou Elvis Costello. Les lacunes de McGuinn sont aisément compensées par la luminosité soyeuse qui se dégage de son jeu de guitare unique et filandreux. Non seulement il apporte un relief chaleureux à des compositions somme toutes honnêtes mais surtout il les transcende puissamment pour déboucher sur une magie indélébile. Autre partie composante de ce charme : sa voix chevrotante, vieillie avant l’heure qui en a marqué plus d’un. Tom Petty accompagne son idole sur King Of The Hill et leurs timbres de voix sont tellement identiques qu’il est parfois impossible de distinguer qui chante telle ou telle ligne ! Évidemment tout ne marche pas admirablement bien. Car Phone ressemble à du Ringo Starr solo dans ses mauvais jours et Your Love is a Gold Mine tente sans y parvenir de retrouver l’esprit psychédélique des années 60 et ne parvient jamais vraiment à décoller. Mais pour le reste, rien à redire!

Curieusement cette réussite discographique couronnée par l’adoubement de la critique et d’un certain succès commercial ne contribua pas vraiment à faire connaître davantage McGuinn aux oreilles du grand public, comme s’il était condamné à vivre dans l’ombre d’un groupe dont il a pourtant inventé le « son » et assuré pratiquement à lui-seul la pérennité. Il est à noter que les autres membres clefs des Byrds ont subi le même sort et peu de monde les associent à leur premier groupe. « Gram Parsons ? Il ne faisait pas dans la country, lui ? » Oui, et son influence fut considérable. « Gene Clark ? Connait pas !« , alors que son album No Other (1974) est sans doute la plus belle réussite solo d’un ex-Byrds. David Crosby ? Les gens se souviennent surtout de lui pour ses intérims dans le supergroupe Crosby, Stills, Nash & Young. Indépendamment de ces petites injustices, si je devais faire une comparaison un peu tirée par les cheveux, dans une pâtisserie, les Byrds seraient représentés sous la forme d’une superbe pièce montée et Back From Rio y serait le chou à la crème le plus moelleux qui soit. A dévorer sans modération !

 

Je joins à cette chronique, une anecdote amusante lors de la promotion de cet album : http://bit.ly/1oqN7Pk

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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