1970: année définitivement sabbatique pour les Fab Four qui mettent leurs instruments au placard et poursuivent leur carrière séparément. Je ne reviendrai pas sur les albums solo de John, Paul et George parus cette année-là et qui ont été, à juste titre couverts d’éloges par la critique. Le cas de Ringo est à part et relève d’une démarche atypique. La première année de la nouvelle décennie l’a vu publier 2 albums sous son propre nom et le moins que l’on puisse dire est que ses choix sont peu conventionnels. Sentimental Journey est consacré à des reprises de standards de la première moitié du vingtième siècle et le résultat est assez dispensable. Plus intéressant est ce Beaucoups Of Blues qui, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire explore le domaine de la country. On peut s’étonner que « Monsieur Copain Avec Tout Le Monde » ait choisi un domaine musical aussi radical que ceux à quoi il avait habitué les fans des Beatles. Mais c’est oublier que son goût pour ce genre s’était déjà manifesté à l’époque des Fab Four. Que l’on pense à Act Naturally sur Help! (1965) ou dans une moindre mesure Don’t Pass Me By sur le Double Album Blanc (1968) et l’on se rendra compte que le projet de Ringo n’a rien d’anodin.

Enregistré en quelques jours à l’été 1970 au berceau de la country américaine à Nashville dans le Tennessee, l’ex-batteur des Beatles a fait bon usage des moyens mis à sa disposition. S’il ne cherche pas à remanier de fond en comble ce genre musical et s’il ne cherche pas non plus à rivaliser avec ses plus grands noms qui lui ont donné ses lettres de noblesse, Ringo Starr reste prudemment dans son territoire codé et aboutit à un résultat traditionnel plus que plaisant. Il suffit de se laisser bercer par ces mélodies tantôt reposantes, tantôt délicieusement sautillantes où les instruments saillants se complètent harmonieusement. En outre, la voix limitée mais adéquate de Ringo se marie on ne peut mieux à l’ensemble qui s’attarde sur des thèmes récurrents comme la futilité de l’amour (Love Don’t Last Long), la douleur qu’il provoque (the Fastest Growing Heartache in the West) ou des petites joies éphémères de la vie quotidienne (Wine, Women And Loud Happy Songs).

Bien évidemment, le public, habitué à voir le nom de Ringo Starr associé aux Beatles et sans doute conduit par des préjugés erronés boudera à tort cet effort (n°65, USA) qui ne méritait pas un tel dédain pour peu que l’on fasse preuve d’un minimum d’ouverture d’esprit et que l’on accepte d’y prêter l’oreille. C’est aussi ce qu’a dû penser Ringo qui mettra un temps ses baguettes et sa batterie au garage afin de se concentrer sur sa carrière d’acteur. La suite musicale sera plus conforme et plus gratifiante commercialement parlant pour lui (le single It Don’t Come Easy, 1971) et surtout son meilleur album solo, Ringo (1973).

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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