Détails sur le produit1977 a vu l’explosion du mouvement punk avec des groupes phares comme les Sex Pistols, les Clash ainsi qu’une kyrielle de noms qui ont changé la donne dans l’histoire du rock. Parmi ces noms, Wire mérite qu’on s’y attarde un peu plus longuement que les autres. Formé par des étudiants en art graphique dans la banlieue Londonienne, Colin Newman (chant), Bruce Gilbert (guitare), Graham Lewis (basse) et Robert Gotobed (batterie) ont réussi, avec ce premier effort (et coup de maître) à faire œuvre personnelle et très originale. Même si Wire reste pratiquement inconnu pour la majorité du grand public, il a durablement influencé de nombreux noms qui n’ont jamais tari d’éloges à leur égard. Au hasard, R.E.M. reprendra Strange dans leur album politique de 1987, Document tandis qu’Elastica dans les années 90 ira jusqu’à plagier le riff de Three Girl Rhumba pour le tube Connection. De son côté, le producteur intransigeant Steve Albini (Pixies, Breeders, Nirvana) ira jusqu’à décrire Pink Flag comme « un album parfait ».

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Prenant leurs distances avec le mouvement punk dont ils pressentent le caractère futile et éphémère (It’s So Obvious), Wire n’a cependant jamais caché son admiration pour les Ramones qui ont dépoussiéré le rock pour le ramener à ses formes les plus basiques (Mr Suit). De plus, leurs chansons obéissent à la règle suivante: less Is more (moins on en fait, mieux c’est). Le disque comprend 21 titres pour un peu plus de 35 minutes (le plus court dure à peine 30 secondes tandis que le plus long parvient à 4 minutes) et selon Graham Lewis: « le morceau s’arrête quand il n’y a plus de paroles » ou lorsque les musiciens sont à court d’envie de continuer leurs morceaux et c’est tout à leur honneur lorsqu’on sait qu’ils étaient limités techniquement parlant. De plus, peu de chansons suivent le schéma traditionnel: couplet/refrain/couplet et même lorsque le groupe suit ce procédé classique, il accouche de chansons uniques en leur genre comme Mannequin. Le résultat est un album froid, angulaire dont les morceaux donnent souvent l’impression de débuter à toute berzingue sur un rythme plutôt nonchalant si l’on prend en compte le disque dans son intégralité. Les titres traitent de la politique, du journalisme (Reuters, Field Day for the Sundays) avec le cynisme que l’on devine ou encore l’homosexualité (12XU) ou la mode (Mannequin). Si ce chef-d’œuvre a si bien passé l’épreuve du temps, c’est parce que non seulement le son et la structure du disque sont loin d’être datés mais aussi les thèmes abordés sont toujours d’actualité.

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Malgré un accueil critique plutôt positif, le disque passera inaperçu auprès du public ce qui n’est guère surprenant tant il est innovateur. Mais il ne tombera pas dans l’oreille de sourds au vu de nombreux musiciens qui écouteront attentivement ces chansons courtes et percutantes. Et pour Wire, ce sera le premier volet d’une trilogie qui les verra se renouveler musicalement parlant et fera reculer les frontières du rock dans deux autres efforts tout aussi indispensables que ce Pink Flag: Chairs Missing (1978) et 154 (1979). Après une première séparation en 1980, le groupe se reformera par intermittence dans le temps.

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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