Détails sur le produitAttention monument! Rien de moins que çà! Loveless est tout simplement le disque le plus aventureux des années 90 avec le OK Computer (1997) de Radiohead. Figure de proue du « shoegazing », c’est-à-dire ce mouvement musical qui a vu émerger des musiciens combiner mélodie et bruit et qui en concert donnaient l’impression de regarder le sol et donc leurs chaussures, cet album est l’accomplissement de deux années d’efforts de la part de My Bloody Valentine ou plutôt de Kevin Shields, musicien aussi génial que barré et dont certains n’hésitent pas à mettre sur un même pied d’égalité avec Brian Wilson des Beach Boys. Certaines rumeurs insistantes ont longtemps circulé sur son enregistrement. On rapporte que 250 000 £ ont été engloutis pour sa création ce qui a failli mettre Creation Records sur la paille (heureusement qu’Oasis est arrivé quelques années plus tard pour sauver le label) ou encore que Kevin Shields aurait réalisé une grande partie du disque lui-même. S’il conteste la première rumeur, il semble confirmer la deuxième, aidé en cela par les autres membres du groupe: Colm O’Ciosog ne joue que sur 2 titres: Only Shallow et Come In Alone en plus d’avoir composé le bref intermède Touched. Pour le reste, des boîtes à rythmes ont été utilisées. Quant aux chanteuses Bilinda Butcher et Debbie Googe, elles ont déclaré que bien souvent elles venaient en studio pour pas grand-chose!

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Quels que soient les fondements qui soutiennent l’aura légendaire de ce chef-d’œuvre, il reste un monolithe qui ne ressemble à rien d’autre. Jusqu’alors, personne n’avait osé de telles audaces électriques et faire donner aux guitares des tonalités et des sons à la fois bruyants et apaisés au point d’évoquer un océan musical. Ceux qui ont vu My Bloody Valentine en concert peuvent en témoigner en même temps que des acouphènes ou une surdité temporaire tant le groupe poussait les décibels au maximum. Lors d’un entretien aux Inrocks en 1989, Shields avait avoué que son vocabulaire et sa grammaire étaient plus que limités. On veut bien le croire lorsqu’on découvre les titres des morceaux dont certains consistent en de simples mots (Sometimes, Soon) ou des juxtapositions (To Here Knows When). Cette faiblesse devient une force et l’on devine que le sexe est un thème récurrent au fil des textes. Même la musique acquiert une puissance sensuelle, aidée il est vrai par les voix féminines rêveuses de Bilinda Butcher. Les voix ont beau être mixées légèrement en retrait, les guitares tourbillonnantes saturées par les distorsions et les feedbacks confèrent à la musique un pouvoir indéniable et grâce à elles, les textes souvent insignifiants prennent une énorme importance.

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Vous l’aurez compris: on ne sort pas indemne d’une écoute de Loveless et My Bloody Valentine ouvrira dans son sillage une brèche dans laquelle s’engouffreront de nombreux groupes dont, même si certains laisseront des albums de grande qualité (Ride, les Boo Radleys) aucun n’arrivera à la cheville de ce géant. Par la suite, le groupe aura le plus grand mal à créer la suite ce qui se comprend, Shields réalisera entre-temps des remixes pour Primal Scream ou Yo La Tengo. Pourtant le successeur de Loveless est paru début 2013. J’en parlerai dans une autre chronique.

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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