Détails sur le produitL’histoire du rock est jalonnée de disques étranges, ayant acquis au fil des années un statut ambigu de « chefs-d’œuvres incompris ». Their Satanic Majesties’ Requests (1967) des Rolling Stones, the Final Cut (1983) de Pink Floyd ou Second Coming (1994) des Stone Roses en constituent des exemples notoires. A ces noms, on peut rajouter ce cinquième album de Leonard Cohen qui tranche radicalement avec les productions précédentes très folk du Canadien qui étaient sa marque de fabrique.

Ce disque constitue l’une des collaborations les plus étranges que le rock ait connu puisque l’auteur de Suzanne s’est associé à Phil Spector, l’inventeur du Wall Of Sound au début des années 60 et producteur de perles comme Da Don Ron Ron des Crystals ou Be My Baby des Ronettes. Une telle rencontre musicale ne pouvait donner lieu qu’à un album atypique qui déconcerta les fans de Cohen et les fans de Spector. Sans doute, leurs carrières respectives battaient de l’aile à ce moment-là et les deux hommes étaient en pleins déboires d’ordre privé. On a rapporté à plusieurs reprises à quel point les sessions d’enregistrement ont été houleuses, Spector ayant menacé Cohen avec des armes à feu et avait fini par confisquer les bandes pour les terminer lui-même sans son autorisation !

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Mais le résultat est fascinant. Certes, on sent bien que les voix de Cohen ont un goût d’inachevé et ce dernier a renié son bébé, le décrivant comme « une expérience qui a échoué ». Pourtant, une beauté quelque peu archaïque émane de presque tout le disque. Phil Spector reste fidèle à ses méthodes de travail peu conventionnelles en convoquant pléthore de musiciens pour créer un son grandiloquent et sombre ce qui crée un contraste avec les paroles amères et imagées de Cohen qui se prêteraient à un traitement musical plus austère, voire hiératique. Pourtant, ce mariage improbable porte ses fruits et le Canadien médite sur ses thèmes de prédilection comme le sexe dans Paper Thin Hotel ou Memories. En revanche Don’t Go Home With Your Hard-On est dispensable. Pour la petite histoire, Spector aurait enregistré la voix de Bob Dylan dans les chœurs mais il est inaudible. Le désespoir est également de mise, en particulier sur True Love Leaves No Traces ou la chanson-titre qui se conclut par ces vers poignants: « it’s like our visit to the moon/or to that other star/I guess you go for nothing/if you really want to go that far ».

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Cet album fait donc office de vilain petit canard dans la discographie de Cohen. Mêmes certains de ses fans le considèrent davantage comme un album de Spector en argumentant sur le fait que Cohen n’a pas eu son mot à dire pendant l’enregistrement et ils n’ont pas tort. Déjà, un album assez similaire paru quelques années précédemment, Born To Be With You (1975) de Dion avait suscité des réactions partagées même si on le considère maintenant comme une grande réussite artistique. Au final, vous l’aurez compris: c’est à prendre ou à laisser. Moi j’ai pris et je ne regrette rien !

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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