Dans la discographie sautillante des Red Hot Chili Peppers, One Hot Minute apparaît comme leur album le plus controversé ; celui qui, du moins suscite les réactions les plus diamétralement opposées entre ceux qui ne sont pas fans du groupe mais tiennent la cuvée 1995 en haute estime et les aficionados du quatuor qui semblent lui faire peu de cas. One Hot Minute est très atypique un peu comme le Monster (1994) d’R.E.M. qui présentent des circonstances de création similairement troublantes. Les 2 disques sonnent de façon radicalement différentes dans les discographies respectives des groupes. Les 2 disques rendent de discrets hommages à Iggy Pop. I Took Your Name pour R.E.M. (I don’t wanna be Iggy Pop/but if that’s what it takes), Coffee Shop pour les Red Hot (meet me at the coffee shop/we can dance like Iggy Pop). Chacun ont été conçus et enregistrés dans la souffrance: maladies de plusieurs membres du groupe (comme Michael Stipe, Anthony Kiedis souffrira d’un abcès dentaire tandis que Flea fera une dépression nerveuse), décès de proches (Kurt Cobain, River Phoenix). Ces 2 albums se heurteront à un accueil partagé de la critique et du public. La poisse ne s’arrêtera pas là puisque le batteur Chad Smith se cassera le poignet, obligeant le groupe à reporter leur grande tournée américaine prévue à la fin de l’année 1995 et en 1997, lors de l’unique prestation scénique du groupe cette année-là lors d’un festival au Japon, un typhon détruira la scène contraignant le groupe à abréger leur set. Le guitariste Dave Navarro sera houspillé par les fans de quitter le groupe.

Maintenant, que dire de One Hot Minute ? Tout d’abord, petite piqûre de rappel. Le guitariste John Frusciante ayant plaqué les Red Hot en pleine tournée japonaise en 1992, le groupe se voit obligé de chercher un remplaçant. Après moult auditions, Dave Navarro, dont le groupe Jane’s Addiction s’était séparé en 1991, est finalement retenu et son jeu de guitare particulier va durablement marquer le son du groupe et jouera en sa défaveur. En effet, Navarro, étant plutôt inspiré par le hard rock (Jimmy Page et consorts), il goûte peu aux influences funk punk. Sans compter une profonde divergence de méthodes de travail. Les Red Hot ont toujours privilégié les « jams collectives » alors que l’ex-guitariste de Jane’s Addiction avait l’habitude d’enregistrer seul ses parties de guitare. Toutes ces différences vont porter un frein à la créativité du groupe, entachée par d’inévitables conflits. Pour couronner le tout, les ennuis de santé de Kiedis le feront replonger dans la dope et l’enregistrement traînera en longueur. Tout l’album porte le poids du mal-être qui ronge le groupe et l’on peut arguer qu’il l’a considéré comme un exorcisme salvateur mais quelque chose fait cruellement défaut: le manque d’inspiration qui saute aux yeux (pardon, aux oreilles !). Les jams qui avaient tant réussi e sur Blood Sugar Sex Magik (1991) se trouvent ici alourdies, poussives et paradoxalement habitées par une aura d’absence. Le bassiste « Flea » a beau s’être mis à l’écriture en signant le nu Pea et le morceau Transcending (dédié à River Phoenix), la plupart des compositions sonnent sans grand éclat. Même les paroles de Kiedis sombrent dans la banalité. Certes, My Friends, Aeroplane et Tearjerker ont beau toucher de par leur honnêteté et se veulent de temporaires stations d’accalmie, elles semblent capitaliser sur le public qui avait été conquis par la sublime ballade détachée Under the Bridge. Restent donc des moments agréables mais qui restent trop isolés par rapport à la totalité du disque.

Dans le premier tome de « sa Discothèque Idéale », l’éminence grise de Rock & Folk, Philippe Manoeuvre porte aux nues One Hot Minute et l’on sent qu’il admire Dave Navarro. J’ai personnellement beaucoup de mal à partager son enthousiasme quant à la qualité de cet album. J’en viens même à me demander si ce qu’il écrit est vrai. En effet, les membres mêmes du groupe ont à plusieurs reprises insisté sur le fait que le disque a été conçu et enregistré dans la tourmente.

Il ne sonne pas comme un album des Red Hot à mes oreilles. Nous étions un groupe différent à ce moment-là. Flea (Q Magazine, 2006)

Nous ne nous sentons pas vraiment connectés à cet album. Chad Smith

Quoi qu’il en soit, One Hot Minute reste une bonne illustrations de l’expression : « la montagne accouche d’une souris ». Quant à Dave Navarro, après une ultime confrontation avec ses anciens partenaires, il prendra la porte en 1998, permettant à John Frusciante de rentrer au bercail. Everything in its right place ! Et l’ensoleillé Californication (1999) remettra les pendules à l’heure à un moment où l’on ne donnait pas cher de l’avenir des Red Hot Chili Peppers.

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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