Cet EP de 5 chansons constitue le début d’une longue et fructueuse histoire qui sacrera R.E.M., le groupe américain le plus influent de ces 30 dernières années. Tout ce qui a contribué à forger leur identité musicale est ici, inscrite en germe dans Chronic Town. Le guitariste Peter Buck, le roi de la Rickenbacker aux sonorités Byrds et au parfum des Feelies à l’effet tournoyant; Michael Stipe, un chanteur qui marmonne d’une voix quasi-détachée des paroles sans queue ni tête et à propos desquelles il déclarera à plusieurs reprises qu’elles ne voulaient rien dire. Enfin Mike Mills et Bill Berry aux commandes du duo basse/batterie, qui se complète à merveille.

Produit par Mitch Easter et Don Dixon qui superviseront les 2 premiers albums du groupe : Murmur (1983) et Reckoning (1984), Chronic Town est aux dires de Mike Mills un EP fondamental.

« Nous sommes en train d’apprendre notre alphabet musical en digérant les influences qui nous ont marquées tout en faisant la part belle à l’expérimentation à l’aide de trouvailles et d’effets sonores ».

La production rudimentaire a sans doute stimulé leur créativité et il est également permis de penser que le groupe s’est fortement imprégné du climat moite et étouffant du Deep South pour parvenir à ses fins. Dans la dernière minute de Wolves, Lower on peut entendre au casque des bruits de grillons la nuit tombée. En outre, lors du « fadeout » de Carnival of Sorts (Boxcars), la voix de Stipe est déréglée ce qui lui confère une tonalité inquiétante. D’autre part, même si ses paroles sont à priori dénuées de sens, elles laissent le champ libre à de multiples interprétations. Se serait-il inspiré du film culte fantastique Carnival of Souls (1962) pour trouver le titre de Carnival of Sorts (Boxcars) ? Quant à Gardening At Night, il s’agirait d’une métaphore sur la condition humaine ! Et parallèlement, ce jeu sur les images et les mots aura une profonde influence sur une partie du rock à venir. En intitulant l’une des chansons de Hail To The Thief (2003), a Wolf At The Door, Thom Yorke de Radiohead pensait peut être au vers suivant tiré de Wolves, Lower: « here’s a house to put wolves at the door? ». Quand on sait qu’il a toujours clamé son amour pour R.E.M., cela ne peut pas être une coïncidence….

Ecouter cet EP, c’est oublier pendant une vingtaine de minutes la réalité présente et immuable pour aller se réfugier dans un monde imaginaire en perpétuel mouvement en plus d’un univers musical novateur pour l’époque, toujours aussi irrésistible. A l’image de la gargouille bleue, la méditation s’unit main dans la main au plaisir.

About the author

Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

Related Posts

Facebook Comments

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may also like

Back From Rio (de Roger McGuinn)

Comme l’a écrit Philippe Manoeuvre dans le deuxième