Début 1995, Neil Young obtient la reconnaissance suprême de sa carrière en se faisant élire au prestigieux Rock N’Roll Hall Of Fame et ses plus fidèles admirateurs, Pearl Jam se chargent du discours officiel. Sur cette lancée, les deux parties enregistrent un EP de leur crû intitulé Merkinball qui paraîtra à la fin de l’année. L’expérience est si réussie que la perspective d’un LP apparaît comme une évidence. Le résultat, Mirrorball est ainsi enregistré en quelques jours et sera le plus gros succès commercial de l’année depuis…. disons le Comes A Time (1978) du Loner.

Comme chez David Bowie, le changement a toujours été la norme chez Neil Young et Mirrorball n’échappe pas à la règle. Si l’opus précédent, Sleeps With Angels se voulait volontairement intime et recueilli, hanté par le fantôme de Kurt Cobain, Pearl Jam apparaît en chair et en os aux côtés du barde Canadien mais aussi en filigrane sur la pochette du disque car pour des raisons contractuelles, le nom du groupe est absent dans la jaquette. La cuvée 1995 joue la carte de la spontanéité énergique et si l’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous (on peut supposer qu’il s’agit de l’un des pièges à vouloir jouer sur le vif), si la machine tourne quelque peu à vide dans plusieurs passages malgré un jeu de guitare du Loner toujours aussi époustouflant, ces failles sont aisément comblées par le plaisir communicatif que prennent Young et Pearl Jam à jammer ensemble. Les 2 parties se tirent avec les honneurs d’un enregistrement qui aurait pu être le théâtre d’une lutte d’égos mais fort heureusement il n’en sera rien. Aucun des musiciens ne cherche à tirer la couverture à lui et tous mettent leurs forces pour aboutir à un disque équilibré. On ne peut parler ni de maître, ni d’élève mais d’êtres humains placés sur un même pied d’égalité et qui ne visent qu’à transmettre la propagation de l’amour et de la tolérance comme sur Act Of Love ou Throw Your Hatred Down, des buts certes, un brin surannés en ces temps où le grunge se meurt mais ô combien universels et indispensables ! On mentionnera également I’m The Ocean avec cette parole révélatrice sur la philosophie de Neil Young: « people of my age/they don’t do the things I do » ce qui veut tout dire. Dernière objection: l’inclusion du EP Merkinall n’aurait pas été préjudiciable à la tonalité de l’ensemble.

Reste à l’arrivée, un disque galvanisant pour tout le monde et dont les prolongations de la magie se prolongeront bien après la sortie dans le cadre d’une tournée commune qui traversera l’Europe au cours de l’été 1995… en évitant la France ! Monsieur Chirac, vous n’auriez pas du annoncer votre décision de reprendre les essais nucléaires cette année-là !

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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