Août 1987: le guitariste Johnny Marr annonce son départ des Smiths et par conséquent, le groupe britannique le plus important des années 80 qui a fait chavirer le cœur de nombreux adolescents esseulés et de jeunes adultes désenchantés se dissous définitivement après une tentative avortée de continuer avec un remplaçant. Tous les regards sont alors tournés vers le leader, Morrissey pour savoir s’il arrivera à négocier ce changement de cap professionnel. Malgré une fragilité psychologique compréhensible, il s’enferme dès l’automne 1987 aux studios Wool Hall près de Bath avec le producteur des Smiths, Stephen Street pour enregistrer son premier album solo, Viva Hate finalement publié au printemps 1988. Originellement intitulé « Education In Reverse », il atteint la première place des charts britanniques et figure en bonne place dans les référendums de classements des meilleurs albums de l’année pour la presse spécialisée. Ce triomphe était-il mérité? La réponse est indéniablement positive. D’autant plus que beaucoup de fans étaient restés perplexes face au départ de Marr et se demandaient si le guitariste virtuose Vini Reilly (the Durutti Column) allait pouvoir palier son absence. Heureusement, ce dernier assure quasiment toutes les parties de guitare avec délicatesse même s’il s’est querellé avec Street car il trouvait les chansons trop simples à jouer. Pour la petite histoire, ce n’est pas lui mais le second qui joue les guitares sur Suedehead.

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A l’écoute des titres, on retrouve des thèmes chers à Morrissey qu’il avait développés avec son ancien groupe, tels les relations ambigües, voire destructrices comme Suedehead qui devint son plus grand succès en simple (n°5 en Grande-Bretagne) et cela avec l’humour grinçant qui ne l’a jamais quitté. Alsatian Cousin présente un homme qui découvre de façon fortuite comment sa femme le trompe avec un amant. Ailleurs, Late Night, Maudlin Street relate avec retenue un événement apparemment traumatisant survenu dans la jeunesse du chanteur sans oublier Margaret on the Guillotine, qui de par son titre fit couler beaucoup d’encre et, l’on s’en doute suscita la polémique. Mais c’est avec Everyday Is Like Sunday qu’il atteint le sommet de son art. Très influencée par les productions de Phil Spector, cette description lugubre d’une station balnéaire fermée à la morte saison où « chaque jour est comme un dimanche » atteignit le n°9 des charts britanniques et fut reprise par le groupe américain 10 000 Maniacs en 1992.

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Mais c’est également au niveau musical que l’album fait plus que tenir la route. J’ai précédemment évoqué le jeu de guitare atmosphérique de Vini Reilly mais pour le batteur Andrew Paresi: « Stephen Street est le véritable héros de l’album. Il l’a porté à bout de bras au moment où Morrissey avait du mal à se remettre du split des Smiths ». Il y a certainement du vrai dans cette affirmation car Street est l’auteur de la composition des chansons (Morrissey ne sait jouer d’aucun instrument), qui mises bout à bout rendent compte de son éclectisme et de la grande variété de climats musicaux qui habitent le disque. La seule concession à laquelle l’album n’échappe pas est la présence de synthétiseurs, notamment pour assurer la section rythmique dans certains morceaux. C’est un instrument auquel les Smiths avaient été toujours réfractaires à utiliser dans leurs chansons mais ici, leur rythme monocorde ne remet pas en cause le brillant des chansons concernées.

L’œuvre solo de Morrissey est souvent injustement négligée au détriment de celle des Smiths mais Viva Hate constitue une délectable introduction pour plonger dans son univers désespéré et pince-sans-rire. Dernière précision: il s’agit de son album solo ayant été le plus réédité jusqu’à aujourd’hui. En 1997, une copieuse version avec une pochette un peu différente est ressortie avec plusieurs faces B de singles dont certaines ne datent pas de l’époque de l’enregistrement du disque tandis qu’aux Etats-Unis, l’irrésistible Hairdresser on Fire, à l’origine la face B de Suedehead a été rajouté en morceau bonus dans la « track list ». Enfin, le vinyle connaissant depuis plusieurs années un regain d’intérêt, il est tout à fait possible de trouver le premier opus solo de Morrissey dans cette forme. Faites votre choix!

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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