closer joy division

Joy Division: 4 années d’existence, 2 albums officiels dont ce Closer sorti à titre posthume en juillet 1980, 2 mois après le suicide de son leader torturé Ian Curtis puis une renaissance des autres membres sous le nom New Order. On le voit: un passage éphémère dans la sphère rock mais une influence considérable pour des milliers de groupes depuis lors et au-delà. En 2007, Anton Corbijn, éminent photographe rock a réalisé un film intitulé « Control » relatant la carrière météorique du groupe même si de toute évidence il s’est davantage attardé à dépeindre la vie sentimentale agitée de son leader Ian Curtis. Le résultat, justement récompensé par la Caméra d’Or au festival de Cannes est impressionnant de sobriété et de retenue. Inutile de préciser qu’il vaut largement le détour!

Avec Closer, nous avons affaire à l’un des 10 voire 5 meilleurs albums des années 80. Rien que çà! Même si par la suite, New Order sortira des albums hautement estimables et jouissifs mais aucun d’entre eux n’arrive à l’intensité que procure ce disque remarquable. On est longtemps habité par les chansons débordant de colère et de tristesse souvent intimement liées et l’on peut séparer le disque en deux parties. La première face est un poil plus dynamique que la seconde même si une tension sourde se fait vacarme tout le long des 20-25 premières minutes. Dès le premier titre, Atrocity Exhibition, l’auditeur est happé par ces roulements de batterie lugubres, ces fracas de guitare métalliques et la voix résignée de Curtis. Isolation est remarquablement mis en valeur par le producteur Martin Hannett. D’ailleurs les effets sonores de la fin du morceau ont dû influencer the Cure pour la fin de a Strange Day sur Pornography (1982). Passover apporte une fausse pause relative, démentie par les paroles: « this is the crisis I knew had to come/destroying the balance I’ve had ». Colony et a Means to an End repartent de plus belle même si là encore les paroles reflètent l’âme tourmentée de son leader avec son épouse Deborah:  » a house somewhere on foreign soil where ageless lovers call ».

La deuxième partie apporte un rythme plus lent voire plus hypnotisant au fur et à mesure de l’écoute et culmine avec les deux derniers titres: the Eternal avec ses coulées de piano semblables à des larmes versées face à la cruauté de la vie tandis que Decades laisse perdurer le spleen cafardeux jusqu’à la dernière seconde.

Il y a quelque chose d’indécent à écouter ce disque lorsqu’on connait les déboires amoureux et médicaux qui rongeaient Ian Curtis. Il était marié à Déborah, père d’une petite fille mais entretenait une liaison avec une femme Belge appelée Annick Honoré. De plus ses crises d’épilepsie sous l’effet de la vie de groupe et de cette dualité amoureuse devenaient de plus en plus récurrentes. Tous ces facteurs expliquent pourquoi le 18 mai 1980, à la veille d’une tournée américaine, il a choisi de mettre fin à ses jours en se pendant dans sa cuisine non sans avoir au préalable enregistré un simple aussi lucide que marquant: Love Will Tear Us Apart (n°13, GB). Par la suite, le désespoir et la noirceur qui imprégnaient l’œuvre de Joy Division cèderont la place à un hédonisme dansant chez New Order. Mais en attendant, Closer fête ses 35 années d’existence et il est permis de penser qu’aucune ride n’apparaîtra sur ce chef-d’œuvre pendant encore un bon bout de temps. Inoubliable!

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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