Point final du plus fameux power trio que la ville de Minneapolis a vu naître, le chiffre 2 pourrait bien être le numéro fétiche de Warehouse, Songs & Stories, paru début 1987. Il s’agit du deuxième album enregistré pour la major Warner Brothers. C’est déjà le deuxième double CD du groupe (seulement 3 ans après Zen Arcade) qui témoigne du trop-plein de créativité qui a toujours animé les 2 principaux auteurs-compositeurs, Bob Mould (guitare, chant) et Grant Hart (batterie, chant). Ces derniers ont essayé, dans la mesure du possible de se partager des faces de vinyle pas si équitables que cela, car comme l’a averti le guitariste colérique au batteur rêveur: « tu n’auras jamais plus de la moitié de tes chansons dans un album d’Hüsker Dü ! ». Les plus tatillons d’entre vous auront remarqué que sur les 20 chansons qui composent cette galette, 11 ont été écrits de la plume de Mould et 9 proviennent de la trempe de Hart. De plus, l’ordre des chansons obéit au cycle : Mould, Hart, Mould, Hart et ainsi de suite jusque vers la fin où le guitariste s’octroie 2 fois 2 chansons d’affilée ! Quoi qu’il en soit, cet ordre quelque peu humiliant pour le batteur va contribuer à mettre de l’huile sur le feu au coeur de leur relation de plus en plus orageuse, amplifiée par des problèmes personnels. Mould luttait contre un grave problème avec l’alcool tandis que Hart se débattait dans une addiction galopante à l’héroïne. Avec 2 égos aussi forts, le clash ne pouvait que tôt ou tard arriver. Fin 1987, en pleine tournée américaine, leur manager se suicide, précipitant ainsi la dissolution du groupe, début 1988.

Heureusement, Warehouse: Songs & Stories semble ne pas avoir trop souffert de sa naissance pour le moins chaotique et constitue même un quasi-glorieux épitaphe, venant parachever un parcours sans faute qui aura vu passer le groupe de la rage hardcore primaire de leurs débuts à une maturité, voire un apaisement arrivé à point nommé. Si l’on compare la production très riche et « clean » (signature sur une major oblige) ayant nécessitée environ 3 mois d’enregistrement fin 1986 aux enregistrements abrasifs de leurs débuts (rappelons pour mémoire que Zen Arcade avait été expédié en un peu plus de 3 jours, mixage compris), il n’y a pas photo ! Les mauvaises langues soutiendront que le groupe a adopté une posture aguicheuse pour jouer les « sell out ». Mais il est impossible de ne pas être soufflé par les chansons impeccables qu’Hüsker Dü est miraculeusement parvenu à enregistrer, compte-tenu de la mésentente grandissante qui minait le trio. Ils en viennent même fréquemment à se surpasser. Du côté des compos de Mould, These Important Years présente une réflexion profonde sur les conséquences de la célébrité et Ice Cold Ice en impose de par sa prestance majestueuse, figurant sans difficultés parmi les moments forts du double album. Could You Be The One? remplit son rôle de single accrocheur avec une facilité déconcertante bien qu’il passera inaperçu dans le radar des hits-parades américains, tout comme l’album entier. Mention également à It’s Not Peculiar qui sonne comme du Byrds « stoned ». Du côté de Grant Hart, les bonnes choses abondent également. Si un musicien en herbe vous demande comment écrire une chanson avec quelques notes et peu de paroles qui en disent beaucoup, conseillez-lui d’écouter Charity, Chastity, Prudence & Hope, parfait exemple de concision lyrique et musicale. She Floated Away est la chanson que bon nombre de marins ont oublié d’écrire sur cette planète. J’en ai rêvé, Grant l’a fait ! Et n’oublions pas Back From Somewhere dont l’optimisme touche au cœur.

Cependant, Warehouse: Songs & Stories manque (mais de très peu!) son statut de chef-d’œuvre de bout en bout (rares sont les albums de cette envergure qui arrivent à durer jusqu’à la fin) en raison de quelques faiblesses ; notamment un sous-développement dommageable à certains titres comme She’s a Woman (And Now He Is A Man) ou Tell You Why Tomorrow. On oubliera également un You’re a Soldier poussif. Standing In The Rain, malgré un solo de guitare roboratif et jaillissant n’arrive pas à se dépêtrer de sa formule fonctionnelle tout comme Too Much Spice. Les mauvaises langues, animées par le goût de la compétition diront que Hart a davantage été en perte de vitesse par rapport à Mould. Elles affirmeront aussi qu’à la réécoute de l’album, il a un peu perdu de son innovation tant bien des décibels ont coulé des enceintes. Depuis sa sortie, de nombreux noms majeurs du rock se sont inspirés de la recette mise au point par Hüsker Dü dans le terreau du mariage pop/punk. Mais les auditeurs les plus objectifs déclareront que beaucoup de groupes rêveraient de créer un chant du cygne peut être pas forcément novateur mais (et c’est tout aussi bien) complet et abouti. Alors, rien que pour avoir créé des liens entre des genres qui ne demandaient qu’à être reliés entre eux, il ne me reste plus qu’à conclure par ceci : « merci Hüsker Dü pour beaucoup de choses à venir ! »

Je n’ai pas du tout évoqué l’autre élément du trio, le bassiste Greg Norton. Il jouait tant bien que mal le rôle d’arbitre et après la séparation du groupe, s’est reconverti dans la restauration en ouvrant un restaurant à Minneapolis. Il y a une vie après la musique !

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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