Arrêtez un passant dans la rue et demandez lui si le nom d’Hootie & the Blowfish lui dit quelque chose. Il y a de grandes chances qu’il vous dévisage avec des yeux de merlans frits et même bon nombre de mélomanes français n’ont probablement jamais entendu parler d’eux. En revanche, outre Atlantique, parlez de ce quatuor à un américain lambda et vous le verrez probablement pétiller des yeux et discuter d’eux avec enthousiasme, notamment de ce Cracked Rear View qu’il doit chérir dans son cœur. Cet album a rendu des millions de ses compatriotes heureux comme des poissons dans l’eau. Il faut dire que 20 ans auparavant, l’Amérique entière a été séduite par ce cocktail équilibré de pop et de folk, générateur de bonnes vibrations : 16 millions d’exemplaires se sont frayés un chemin dans de nombreux foyers américains ! Les tubes se sont relayés sur les ondes pendant toute l’année 1995, boostant ainsi les ventes d’un disque qui a été, au démarrage lent à faire des étincelles puisqu’il est sorti en juillet 1994.

Bien souvent les réactions du public obéissent à la norme de l’imprévisibilité et cet engouement peut sembler étranger pour un européen (ce qui n’empêchera pas le disque de se classer à la douzième place des hits-parades britanniques) mais ici ce triomphe était, somme toute, mérité tant les mélodies regorgent de fraîcheur et d’un brin de solennité par la voix de baryton de Darius Rucker. De plus, force est de reconnaître qu’il était rafraîchissant d’entendre un groupe de bon poil à une époque où le grunge, qui prenait ses sources d’inspiration de la noirceur de tout horizon avait alors un pied dans la tombe avec le suicide de Kurt Cobain. Only Wanna Be With You, Hold My Hand, Let Her Cry et Time (toutes des hits) renferment une certaine candeur indélébile malgré une tristesse sous-jacente qui incite l’auditeur à les fredonner. En cela, le public américain ne s’y est pas trompé. Respectons également un groupe, originaire du Deep South, qui connaît ses références musicales sur le bout des doigts. Dans la chanson Let Her Cry, le ver: « she said Dad’s the one I love the most/but Stipe’s not far behind », on peut gloser que le Stipe en question ne serait autre que Michael Stipe, chanteur d’R.E.M. En outre, le groupe s’est adjoint les services de Don Gehman (R.E.M., John Mellencamp) à la production. Enfin, un groupe qui a fait appel au légendaire David Crosby pour un petit coup de main vocal dans les choeurs de Hold My Hand ne peut avoir que bon goût!

Bien entendu, Hootie & the Blowfish ne fera jamais mieux par la suite en termes de ventes conséquentes (la foudre tombe rarement deux fois au même endroit) mais cela n’entravera nullement la qualité de leurs albums suivants. Pour l’heure, en 1995, en l’espace de trois quarts d’heure, le groupe aura réussi l’exploit certes temporaire mais plus que louable de faire sentir beaucoup d’américains biens dans leurs baskets.

About the author

Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

Related Posts

Facebook Comments

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may also like

Back From Rio (de Roger McGuinn)

Comme l’a écrit Philippe Manoeuvre dans le deuxième