Second volet (review du premier à lire ici) de la saga Use Your Illusion lancée par Guns N’Roses à l’automne 1991,  c’est le chapitre qui a le plus remporté de succès, et cela grâce à trois facteurs. Primo, le morceau d’ouverture Civil War, qui était à l’origine destiné à un disque de soutien aux enfants roumains orphelins paru l’année précédente. C’est également le chant du cygne du batteur originel Steven Adler, avant qu’il ne se fasse virer du groupe pour ses problèmes de drogue et d’alcool. On notera que c’est le seul titre des deux albums où il apparaît. Secundo, la reprise de Bob Dylan, Knockin’ On Heaven’s Door qui avait agrémentée la bande originale du film de Tony Scott, Jours de Tonnerre. Tertio, l'(excellent) You Could Be Mine faisait honneur à la bande originale du blockbuster de l’année, Terminator 2 : le Jugement Dernier.

Comme son « frère jumeau », Use Your Illusion 2 affiche une ambition assumée mais dans un registre différent. Si le premier volet cherchait à couvrir à tout prix les sous-genres du hard rock et du punk, gagnant au passage une certaine maturité, Use Your Illusion 2 adopte un style pompeux en raison des domaines extravagants qu’il explore. Plusieurs titres dépassent non seulement les six minutes mais sortent également du carcan du hard rock. Le groupe s’aventure dans d’autres contrées musicales pour lesquelles ils ont été traités de prétentieux par certains sur le funk de Locomotive ou la musique symphonique d’Estranged. Ce qui ne veut pas dire que le groupe ait renié ses racines d’origine. Malgré un désintérêt croissant pour les ambitions quelque peu mégalomanes de son ancien ami Axl Rose, Izzy Stradlin case plusieurs compositions de son crû et de haute volée comme 14 Years ou Pretty Tied Up. En outre, le projet fragile de la collaboration collective est toujours sur le qui-vive avec carte blanche au bassiste Duff McKagan qui s’octroie le chant sur le titre So Fine même s’il est d’un intérêt secondaire. En outre, comme pour le premier volet, on pourrait essayer de débarrasser le deuxième disque de ses titres superflus pour le rendre plus concis y compris par rapport son « frère musical ». Mais cette tâche se révélerait fort délicate en raison des fonctions de goûts de chacun car comme je l’avais écris dans la chronique du premier Use Your Illusion : les fans sont divisés quant au choix des titres qui auraient dû être écartés ou conservés.

En tout cas, et peut être plus encore amplifié que le premier tome en raison des genres abordés, Use Your Illusion 2 respire la grandiloquence à grands renforts d’overdubs, de bruitages sonores utilisés à l’excès et de mélodies à la tournure tarabiscotée. C’est même en quelque sorte, la raison d’être de bon nombre de chansons où chaque membre va jusqu’au bout et parfois au-delà de ses possibilités, même si la grande variété des tonalités laisse entrevoir les frictions sourdes qui lient les différents objectifs de la bande. Évidemment, on n’échappe pas à une certaine redite en raison d’un ressassement parfois stérile mais finalement mature des genres du hard rock mais cet élargissement musical porte souvent ses fruits. Pour preuve, Estranged, suite musicale, thématique et finalement logique de November Rain, longue de plus de neuf minutes, rythmée par un changement mélodique convaincant. La reprise de Knocking On Heaven’s Door est néanmoins un peu desservie par la surcharge où l’on a l’impression que le groupe a cherché à inclure toutes les caractéristiques des deux albums. Il fait étirer la chanson sur près de six minutes alors que la version de Live and Let Die de Paul McCartney sur le premier opus était en grande partie dénuée de ces chichis. Cela dit, ces additions s’inscrivent dans la logique formelle poursuivie par le groupe, ce qui fait qu’on n’arrive pas vraiment à la rejeter en bloc.

On en revient d’une certaine manière à l’un des défauts du diptyque : c’est lorsque Guns N’Roses s’égare dans des contrées douteuses comme le machisme intolérable où la polémique facile que leur musique devient très contestable et n’exclut pas une certaine contradiction avec les élans de bienveillance affichés çà et là comme sur la version alternative de Don’t Cry. Ici, il est difficile de s’enthousiasmer pour Get In The Ring qui tire à boulets rouges sur le sensationnalisme médiatique mensonger. Il existe des façons autrement plus subtiles de condamner ces abus ! Par contre, Civil War, pamphlet un poil longuet remporte l’adhésion, de même que la deuxième version de Don’t Cry même si l’honnêteté, là aussi incontestable passe moins bien en raison de la sonorité des mots pourtant judicieusement choisis. Autre curiosité : My World qui laisse présager de la direction techno-industrielle qu’Axl Rose abordera à la fin de la décennie, quand tous les membres originaux auront quitté l’entreprise Guns N’Roses avec le single inintéressant Oh! My God!, qui figurera sur une autre bande originale : La Fin des temps (1999) avec Arnold Schwarzenegger.

En résumé, comment conclure sur ce monstre à deux têtes qu’est Use Your Illusion ? Une entreprise récapitulative par rapport à un genre où le groupe a plus que fait ses preuves ? La prolongation et la maturation de leur musique ? Une volonté de mettre les bouchées doubles partout comme s’il sentait qu’il n’aurait plus l’opportunité d’enregistrer pareil travail ? Les deux CDs synthétisent tout cela à la fois et la suite a tristement donné raison au groupe qui s’est peu à peu désagrégé pendant la décennie. D’autre part, l’écoute à la suite de ces deux « superproductions » peut se révéler épuisante car le caractère éclaté apparaît au grand jour. Mieux vaut les déguster tranche par tranche sinon gare à l’indigestion. Et derrière des formes enflées et des morceaux biscornus forcés de cohabiter, on ne peut que se ranger du côté de Slash :

« Il y a pas mal de bons trucs dans ces deux albums ! »- Slash

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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