Je n’irai pas par quatre chemins pour débuter cette chronique. Il s’agit tout simplement de l’album de hard rock le plus marquant des années 80 avec le Back In Black (1980) d’AC/DC, celui qui fût un best seller absolu avec plus de 30 millions d’exemplaires écoulés à ce jour (et ce n’est pas fini, loin de là!). Le chef d’œuvre d’un groupe qui malheureusement par la suite, vit perdre un à un ses différents membres fondateurs, emportés dans les tourbillons de la drogue, de l’argent, des excès en tous genres ou exaspérés par le tempérament imprévisible de son chanteur Axl Rose, désormais seul maître à bord du navire Guns N’Roses. De toute façon, à l’écoute de cet Appetite for Destruction, débordant de brutalité et de sauvagerie, comment auraient-ils pu réussir à le surpasser, même en restant unis?

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Ce quintette de désaxés a souvent été accusé de misogynie, de racisme et de misanthropie. A l’origine, la pochette d’Appetite for Destruction devait représenter une peinture de Robert Williams avec une jeune femme violée par un robot mais l’artiste avait, avec raison prévenu le groupe: « vous allez avoir des emmerdes, je vous préviens! ». Elle fut donc remplacée par l’un des tatouages du guitariste Saul « Slash » Hudson, à l’effigie des membres du groupe. De plus, en raison du chaos qui semblait dicter la ligne de conduite du groupe, ce dernier a mangé de la vache enragée pour avoir un contrat d’enregistrement. Ce sera finalement David Geffen, patron de Geffen Rcords qui mordra à l’hameçon. La légende veut qu’après avoir reçu leur avance de 37 000 dollars (somme largement dépensée en remboursement de dettes et consommation de drogues), Axl Rose se serait pointé dans un bar avec une photocopie du chèque et aurait demandé au barman de lui payer un verre car il était fauché. Cependant, le producteur Mike Clink, pressentant l’immense talent des cinq musiciens dirigera sa troupe d’une main de fer lors de l’enregistrement de leur premier album. Pas de drogues mais une consommation effrénée d’alcool sera ingurgitée. Avec ou sans son influence, chaque musicien donne le meilleur de lui-même. Axl Rose se révèle être un remarquable chanteur, sa voix couvrant plusieurs octaves. Slash et Izzy Stradlin forment une paire de guitaristes hors-pairs tandis que de nombreux jeunes rêveraient d’avoir une puissante section rythmique avec Duff McKagan à la basse et Steven Adler à la batterie. De plus, il faut savoir gré au groupe d’avoir réussi à accoucher de chansons diaboliques alors qu’ils vivaient dans un no man’s land hostile, environnement parfaitement capté dans leurs chansons. Le résultat est une synthèse inédite entre les Rolling Stones, les Sex Pistols, AC/DC (à leurs débuts) et Aerosmith. Comparé à d’autres grand disques de hard rock de l’époque comme Electric de the Cult ou Hysteria de Def Leppard (tous deux sortis eux aussi en 1987), Appetite for Destruction sonne beaucoup plus crû, plus sauvage tant dans sa musique qui emporte tout sur son passage que dans ses paroles qui décrivent l’envers du décor paradisiaque de Los Angeles. C’est un univers qui suinte le danger, l’ennui et où le sexe, l’alcool et la drogue s’avèrent être des remèdes temporaires avec des lignes osées comme celles de It’s so Easy (turn around bitch, I got a use for you) ou Rocket Queen où l’on entend une groupie baisée dans le studio (à l’insu de son plein gré!). Ces sujets brûlants deviendront des tubes imparables et indémodables: Welcome to the Jungle (n°7 US), Paradise City (n°6 US) et surtout Sweet Child O’ Mine (n°1 Us), écrit par Axl Rose pour sa petite amie de l’époque, Erin Everly, la fille de l’un des Everly Brothers. Quant au reste de l’album, on serait bien en peine de trouver un seul titre faiblard.

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L’album a mis du temps à décoller mais grâce à un bouche à oreille efficace et d’incessantes tournées (notamment avec Aerosmith et the Cult), il atteindra la première place des hits parades américains en août 1988, place qu’il occupera pendant un mois! Aujourd’hui, il reste plus que jamais une pierre angulaire dans l’histoire du rock mais sonnera également le glas pour le groupe. Ultime question: étant donné qu’aujourd’hui Guns N’Roses représente le véhicule privé d’Axl Rose et que ses anciens camarades ont déserté le front depuis longtemps, est-il légitime qu’il continue sous le nom de son ancien groupe? Mais ceci est un autre débat….

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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2 Comments

  1. Album magique de mon adolescence ! Mais au final, étant allé voir Slash, avec son nouveau chanteur, Myles Kennedy, on y prend vite goût, et en réécoutant Axl chanter, ca nous fait saigner les oreilles !
    Axl était bien criard quand même.

  2. Bonjour Pierre. Je suis d’accord avec vous. Qui n’a pas été marqué par la puissance du premier opus de Guns N’Roses?! Je suis également allé voir Slash l’année dernière à Paris et j’en ai gardé un très bon souvenir. Le seul point faible qui a manqué (mais de très peu) de faire déséquilibrer le concert a été Rocket Queen que Slash et les siens ont étiré pendant plus de dix minutes. Cette partie-là a été très discutée et je n’étais pas personnellement pour! Sinon, Myles Kennedy assurait et donnait effectivement l’impression de se prendre pour Axl Rose, la folie en moins peut être!

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