Qui aurait pu croire qu’un groupe, passé maître dans l’art des concerts marathons avec l’intuition comme fil conducteur puisse être capable de créer coup sur coup 2 remarquables albums folk, annonçant tout un pan de l’Americana en 1970 ? Le premier disque Working’s Man Dead publié en juin de cette année-là avait révélé une introspection insoupçonnée et une grande aisance dans le studio « huis clos » de la part de Jerry Garcia et de sa troupe qui avait habitué leurs fans aux grands espaces sonores. American Beauty, qui sortira à la Toussaint de la même année, transformera largement l’essai et il constitue l’une des plus agréables surprises de 1970, année pourtant loin d’être avare en riches moments musicaux. On pourrait même soutenir que ces 2 albums jumeaux, surpassent à eux-seuls la flopée d’albums lives qui ont fait quasiment la réputation du groupe, n’en déplaise aux « Dead Heads », surnom que l’on a donné aux mordus du groupe, qui les suivaient partout dans leurs tournées, même jusqu’aux pyramides d’Égypte en 1978 !

Le hors-série de Rock & Folk, « 555 albums – 60 ans de rock n’roll 1954-2014 », paru l’année dernière, affirmait, avec humour que « le studio et ses joujoux high tech n’était pas pour ces claustrophobes ». Il est vrai que jusqu’alors, les albums studios du Dead n’étaient que des affaires en demi-teintes psychédéliques jamais complètement convaincantes. American Beauty tombe à point nommé pour contredire cette opinion et c’est tant mieux. D’autant plus que le titre à lui-seul tient toutes ses promesses et affiche clairement les intentions du groupe : coucher sur bande un album qui doit réconcilier à la fois le folk, le bluegrass et la country. A cette époque, le premier album de Crosby, Stills & Nash (1969), le John Wesley Harding (1967) de Bob Dylan, sans compter les 2 premiers disques du Band les avait suffisamment impressionnés pour reprendre à leur compte, de façon personnelle et avec panache les ingrédients qui ont fait la recette de ces disques notoires. A savoir : de divines harmonies vocales couplées à un festival de guitares sèches et de slide-guitars.

Le Dead a frappé un grand coup et livre un ensemble cohérent, maîtrisé de bout en bout, animé par une nostalgie mélancolique et une paresse bucolique au point qu’American Beauty pourrait faire le compagnon idéal pour les dimanches après-midis placés sous le signe du farniente, pour peu que l’on soit sensible à ce style de musique. Il pourrait également faire office de bande son pour ceux qui, en 1970 ne juraient que par les principes de la philosophie hippie dans l’espoir d’un monde utopique. Les délicieux Ripple et Attics of my Life s’impriment de façon durable dans l’esprit tandis que Friend of the Devil et Box Of Rain vaudront au groupe d’être de nouveaux prétextes à des étirements dantesques en concerts. Sans oublier Trucking dont les « Dead Heads » feront un hymne inébranlable.

Le talent quelque peu égaré du Dead en studio a trouvé sa voie en 1970 pour donner une réussite éclatante, digne des plus grandes productions américaines, tous genres confondus. Le Dead ne sonnera plus jamais de façon aussi unie dans ses albums ultérieurs. De l’aveu même de Jerry Garcia : « nous n’avons plus jamais réussi à retrouver cette magie-là… »

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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