Pour beaucoup de fans de rock, XTC représente à la fois l’archétype du groupe de rock britannique et l’un des plus grands mystères de la pop. Andy Partridge (guitare, chant) et son fidèle acolyte Colin Moulding possédaient un immense talent pour composer des chansons terriblement accrocheuses, mélodiquement parlant, aux paroles mi cryptiques, mi ironiques. Alors comment expliquer le relatif anonymat dans lequel baigne ce groupe surdoué? Est-ce en raison du caractère faussement facile et sautillant de leurs compositions qui a pu dérouter le public? De l’intransigeance quant à l’évolution de la carrière du groupe qui a toujours animé Andy Partridge? Ou bien de la crise de panique qui s’était emparée de lui sur la scène du Palace à Paris en mars 1982 lors de la promotion de cet album chroniqué et à l’issue de laquelle, le groupe décida d’arrêter définitivement les concerts? Ces hypothèses se tiennent. Pourtant, English Settlement, paru début 1982 atteignit le n°5 des charts britanniques et le n°48 des hits-parades américains. Fort de cette entrée en matière commerciale, XTC semblait à l’aube d’un immense succès international mais le trac qu’éprouvait Partridge au moment de monter sur scène le faisait souffrir physiquement et psychiquement et eut raison de leur impact sur le grand public. Cela fût certainement un mal pour un bien car par la suite le groupe suivra l’exemple des Beatles en privilégiant les studios et en renonçant définitivement à la scène.

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Si vous vous demandez si le dessin de la pochette existe réellement, et bien oui! Il s’agit du cheval de Huffington qui a été gravé grandeur nature dans une colline de craie près d’Uffington Castle dans l’Oxfordshire (j’imagine qu’il doit être un lieu de pèlerinage pour de nombreux fans!). English Settlement est un album de transition pour XTC. C’est le disque où le groupe abandonnera quelque peu ses oripeaux de la new-wave britannique, genre auquel le groupe fut plus ou moins rattaché pour s’orienter vers une musique encore plus personnelle en recyclant à leur manière les nombreuses influences musicales qu’ils ont pu absorber. Paru à l’origine en double album, ce chef-d’oeuvre de plus de 70 minutes comprend 15 chansons et pas une seule faiblarde. Des années après sa sortie, ce disque d’XTC est semblable à de nombreux crûs viticoles délectables: il se bonifie avec le temps et gagne en nouveauté à chaque réecoute (imaginez un peu si l’on remettait le disque sur la platine pour la 1000ème fois!). On ne peut que s’émerveiller des textures sonores que le groupe tisse avec une facilité déconcertante pour servir d’ossature à leurs chansons si singulières. Que citer qui se détache du lot? Senses Working Overtime (qui fût le plus grand succès d’XTC en simple, n°10 GB) avec ses chœurs légèrement moyenâgeux et la progression du pont qui mène vers l’extase du refrain? Ball and Chain qui abrite une mélodie volontairement traînante et nonchalante………comme un boulet, tout juste tempérée par une ligne irrésistible de synthétiseur? Yacht Dance et sa guitare flamenco sur laquelle sont jouées de nombreuses notes en un court lapse de temps avant chaque couplet? Vous l’avez compris: les exemples témoignant du génie musical d’XTC abondent mais les paroles de Partridge lui valent également d’être mis sur un même pied d’égalité qu’un Ray Davies des Kinks auquel on l’a si souvent comparé. Fly On The Wall évoque le voyeurisme tandis que Down in the Cockpit pourrait être la chanson fétiche des groupes de défense féministes.

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Lors d’une interview à Rock & Folk au printemps 1999, Jérôme Soligny (que j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs fois) avait déclaré à Partridge qu’English Settlement était leur « Sergent Pepper », ce à quoi il avait répondu avec humour: « oh! Non! Cela sous-entend que la suite est moins bonne ». Il est vrai que même les fans d’XTC se chamaillent pour déterminer l’œuvre maîtresse de leur groupe fétiche. Certains portent aux nues Skylarking (1986) tandis que d’autres ne jurent que par Drums & Wires (1979). Quoi qu’il en soit, English Settlement constitue une excellente introduction et une preuve irréfutable de l’importance d’XTC dans le panthéon du rock.

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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2 Comments

  1. Très bon article Xavier !!!

    XTC est un des plus grands groupes qu’il m’ait été donnés d’écouter, et même avec le recul, je reste encore étonné qu’eux et bien d’autres groupes aient pu connaître le succès à leur époque, sachant qu’il n’auraient probablement aucune chance aujourd’hui, à cause de leur musique bien plus complexe et exigeante qu’il n’y paraît. Peut-être est-ce dû justement à l’époque, ou encore à des singles imparables…

    Je fais partie de la catégorie « Skylarking » héhé (qui va souvent avec « Apple Venus volume 1 »), mais j’aime tout, y compris le sensationnel Drums & Wires et bien sûr ce chef-d’œuvre d’English Settlement, qui contient plus d’idées en un morceau que certains dans tout un album.

    N’a pas vieilli, ne vieillit pas, et ne vieillira probablement plus jamais !

  2. Je te remercie sincèrement Vincent. Tu as sûrement raison: de par son caractère excentrique, le groupe aurait peu de chances de se faire engager aujourd’hui par une maison de disques et Andy Partridge en personne l’a reconnu dans une interview! 😉 De toute façon, quand on connait les déboires qu’XTC a connu avec Virgin Records…..;)

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