Comment poursuivre dignement l’aventure après le triomphe essentiellement européen et australien de Woodface (1991) sans tomber dans la redite ? Telle est la question que Crowded House a dû se poser et à laquelle le groupe a, pour la suite trouvé la réponse. Avec ce Together Alone qui prend pratiquement le contre-pied de son prédécesseur. Exit les harmonies vocales, de par l’immense contribution (et le départ) de Tim Finn (frère du leader Neil). Exit également le producteur et mentor du groupe, Mitchell Froom qui rendaient les mélodies de Neil Finn moelleuses comme jamais. Hello au multi-instrumentiste Mark Hart et surtout au producteur Youth, ex-bassiste de Killing Joke dont le travail a rendu ce disque brut de pomme au point que le quatrième album du combo néo-zélandais est leur album le plus violent, relativement parlant. Ce dernier a expliqué que l’enregistrement s’est effectué dans un climat de grande tension avec la bande au bord de l’implosion et cette ambiance particulière explique en partie pourquoi Together Alone est animé d’une densité rugueuse.

Comme Vs de Pearl Jam, paru à la même époque à l’automne 1993, Together Alone fait la part belle à l’expérimentation en convoquant des genres musicaux, jusque-là inconnus du groupe ce qui a laissé le champ libre à Neil Finn pour s’essayer à plusieurs nouvelles couleurs musicales sur sa palette. Le morceau d’ouverture, Kare Kare baigne dans une atmosphère mystique, imprégnée du lieu isolé et sauvage dans lequel le groupe a créé son opus tandis que la chanson-titre fait intervenir une chorale Maori, passage obligé pour un groupe originaire de Nouvelle Zélande. In My Command peut évoquer le rock glam à la Sparks et Locked Out fait écho au son baggy de Manchester de la fin des années 80. Il serait également impardonnable de ne pas mentionner Walking On The Spot, bercé par son accordéon léger et rêveur.

Globalement, ces choix rendent plus justice à l’angoisse sourde qui a souvent habité les paroles de Neil Finn, même si certaines tentatives finissent dans l’impasse. Black & White Boy est handicapé par une tonalité lourdaude et semble courir après le public du grunge. Et Private Universe, en raison d’un final qui s’étire et s’étiole passe à côté (mais de peu !) du statut de petit chef-d’œuvre. De plus, on pourrait dire que la plupart des ornements ont tendance à rendre les morceaux superflus alors que dans l’album précédent, simplicité rimait avec intensité. En somme, c’est presque beaucoup de bruit pour pas grand-chose de novateur ! Heureusement, le talent d’auteur-compositeur de Neil Finn ne peut pas être remis en cause et c’est lorsqu’il convoque de véritables moments de chaleur (l’irrésistible Distant Sun) ou de tendresse (Pineapple Head) qu’il est toujours le plus convaincant.

En conclusion, malgré un talent mélodique toujours intact, l’éparpillement expérimental a fait défaut à Crowded House et le renouvellement est resté un peu lettre morte. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé car, malgré des simples tous classés dans les hits-parades et le trophée du meilleur groupe international remporté aux BRIT Awards 1994, l’impact du disque fut moindre que son prédécesseur. De plus, lors de la tournée mondiale qui suivit, le départ du batteur Paul Hester mettra à mal la motivation du groupe qui se séparera en 1996 après la parution de la remarquable compilation Recurring Dream… pour se reformer en 2007 avec un nouvel album (Time On Earth) et une tournée mondiale (concert magique à la Maroquinerie de Paris, le 21 octobre 2007 !).

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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