Crowded House, la meilleure exportation néo-zélandaise après le mouton (c’est bien connu, cet animal domestique abonde à l’antipode de la France !) et Peter Jackson (le réalisateur de la trilogie du Seigneur des Anneaux), a connu une trajectoire semblable à bien des groupes. Débuts prometteurs dans la seconde moitié des années 80 puis affirmation et maturité de son style bien spécifique couplés à une acclamation critique, puis ce furent les portes grandes ouvertes vers le succès commercial d’abord aux États-Unis puis en Europe. Ensuite, les tensions internes, la lassitude porteront préjudice à la créativité de Neil Finn, principal auteur-compositeur du groupe. Après la publication de la compilation Recurring Dream en 1996, excellent raccourci d’une carrière bien remplie, Crowded House mettra la clé sous la porte. Ne restait plus qu’à publier l’indispensable collection de faces B de singles et « d’outtakes » pour compléter le tableau de chasse, d’autant plus que le groupe avait l’habitude d’interpréter sur scène des titres obscurs de leur crû.

Paru fin 1999, Afterglow remplit cette fonction et autant le dire tout de suit e: le premier qui ose qualifier cette sorte de compilation bis de « bouche trou » avec toute la connotation péjorative que cela implique ferait bien d’y repenser à deux fois. Indispensable, ce « lost album » l’est assurément car il démontre le soin avec lequel le groupe a concocté ces chansons oubliées des sélections finales des albums officiels. Bien qu’ils soient tous issus de différentes sessions (encore que la moitié proviennent des séances de Woodface, 1991), cette ribambelle de titres forment une telle unicité qu’on a du mal à croire qu’Afterglow soit seulement constitué de restes. Il ne déparerait pas à côté des plus grandes réussites du groupe tant il regorge de bonnes choses.

Comme toujours du côté de Crowded House, les mélodies enivrantes le disputent à la chaleur contagieuse et à un optimisme bienveillant. I Am In Love, Immemorial Time et I Love You Dawn agissent tel un charme amoureux éternel. Quelquefois ces titres sont révélateurs des épreuves qu’a traversées le groupe comme Help Is Coming, composée et enregistrée en 1994 après le départ du batteur Paul Hester alors que l’incertitude rongeait la bande malgré le renfort du multi-instrumentiste Mark Hart. Un titre superbe dont l’atmosphère brumeuse trahit l’état d’esprit d’un groupe à la recherche d’un second souffle et qui barre la route à l’insensibilité chez l’auditeur. Quelques plages plus loin, Recurring Dream (la chanson) ferait un candidat parfait pour le rôle du titre le plus direct du disque de par son côté quasi tubesque. Private Universe en acoustique (paru à l’origine sous sa forme définitive sur Together Alone, 1993) dévoile un nouvel angle d’écoute tout à fait savoureux tandis que Lester (nommé d’après le dalmatien de Neil Finn qui a échappé à la mort après avoir percuté une voiture) démontre qu’une simple démo peut avoir autant de poids émotionnel qu’un poids lourd du hit parade.

D’autre part, les albums avaient réservé de la place pour une composition de Paul Hester mais en général elles faisaient pâle figure à côté des autres chansons de Neil Finn (sauf peut être That’s What I Call Love sur le premier album) et My Telly’s Gone Bung n’échappe pas à la règle tant elle ne présente guère d’intérêt. Puisque j’en suis aux réserves et en fonction de critères personnels, je n’éprouve guère d’affection pour Dr Livingstone !

Mais pour le reste, rien à redire! Avec Afterglow, et rétrospectivement la boucle est quasiment bouclée. J’emploie l’adverbe « quasiment » car d’une part il existe d’autres chansons inédites dans les caveaux du groupe et d’autre part, ce dernier a cédé à la sirène des reformations dans les années 2000 en publiant de nouveaux albums sans rien perdre de sa vitalité. De quoi alimenter un « Afterglow 2 » à venir. En attendant, le premier volet constitue un disque délectable sur lequel on retourne volontiers avec plaisir. On ne saurait en dire autant, loin s’en faut, de ce genre de CD souvent publié pour boucler un contrat avec une maison de disques. Si seulement tous les noms ou groupes musicaux traitaient leurs titres négligés de cette façon aussi exemplaire…

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Musicophage invétéré vivant au rythme de riffs grisants et autres lignes de basses cataclysmiques. Spécialité: musique rock.

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