Être un musicien indépendant est aujourd’hui plus que jamais possible grâce à la liberté que permet le web. Pour autant, se faire une place est une autre paire de manches parmi la multitude d’artistes plus ou moins talentueux qui foisonnent aussi bien sur YouTube que Soundcloud. Le second problème est celui de l’attention à l’ère de la consommation « fast-food » de la culture, d’autant que la musique souffre encore plus que le cinéma du piratage, un usage devenu banal. Enfin la troisième barrière, et non des moindres, est la question du financement car voilà bien le nerf de la guerre ! Recherche de l’originalité, bonne communication visuelle et crowdfuning semblent désormais être les meilleurs moyens de trouver son public.

A l’heure de son premier album, Clint Slate fait partie de ces artistes talentueux en quête d’une notoriété suffisante pour vivre et faire partager leurs verves créatives. Il faut dire qu’il serait dommage de passer à côté d’un album aussi particulier que Before The Dark qui surprend dès la première écoute. Instrumentaux extrêmement travaillés, voix posé et visuels mystérieux forment l’univers envoutant d’un musicien puisant son inspiration chez Radiohead, Queen, Achive ou Jeff Buckley. Après une campagne de crowfdunding réussie, Clint Slate prépare le lancement officiel de son album le 1er décembre prochain avant une année 2016 charnière dans les salles de concerts de France et de Navarre. En attendant, il a gentiment accepté de répondre aux questions de CTCQJ pour aborder la création de Before The Dark et les problématiques de l’autopromotion sur le web. Par contre, rien sur Slate.fr

clint slate par kobayashi photography

CTCQJ.com : Vous présentez votre album, Before the Dark, comme une « nouvelle réincarnation ». Quel était votre parcours avant la mise en place de ce projet ?

Clint Slate : Je suis musicien depuis de nombreuses années et j’ai intégré ou dirigé pas mal de groupes et de projets pendant la dernière décennie. Entre autre un groupe de rock appelé The Sunchase, qui a sorti un album en 2009, et les Guest-Sessions, un spectacle de mash-up live qui a bien marché et avec qui j’ai beaucoup expérimenté et appris.

Pourquoi avoir fait le choix de travailler seul sur la partie musicale ?

Lorsqu’on fait partie d’un collectif, les concessions peuvent finir par générer de la frustration. Je suis principalement chanteur et guitariste mais j’ai toujours vu la musique comme quelque chose de global, ce qui m’a amené à apprendre également la basse, le clavier, la batterie et à expérimenter avec tout ce qui peut me tomber sous la main. Il m’a donc semblé naturel de tout faire pour pouvoir livrer quelque chose d’intime et de personnel.

On apprend que Kyan Khojandi a participé à la création de l’album, quel a été son rôle ?

On se connait depuis longtemps, bien avant Bref!. On parlait musique un soir et une chose en entrainant une autre, on a convenu d’un rendez-vous pour voir si son alto pourrait coller à l’un de mes morceaux. Une séance d’enregistrement plus tard, Sleep était entièrement arrangée. Les gens le connaissent pour son écriture et son sens de l’humour mais il faut savoir que c’est également un excellent musicien.

Votre style répond à des influences variées, comment arrive-t-on à les transformer pour créer quelque chose d’original, de personnel ?

J’ai toujours été influencé par des artistes très différents et je m’occupe moins du style que de la qualité des chansons. J’ai grandi en écoutant The Police, Queen ou U2, un peu comme tout le monde à cette époque, mais plus que les tubes, ce sont leurs albums et leurs prises de risques ou virages à 180° qui m’ont donné envie de composer à mon tour. On peut aussi ajouter Led Zeppelin, Soundgarden, Nick Drake, David Bowie, The Prodigy, Therapy?, A-Ha, dEUS, Archive, Nine Inch Nails, Pink Floyd, Deftones ou Björk à la liste mais on est loin d’en avoir fait le tour. Au final, je ne fais qu’écrire ce que j’aurais envie d’entendre, en essayant simplement de retrouver cette étincelle qui a pu me faire vibrer ailleurs.

Radiohead, Queen, Jeff Buckley sont de grands noms qui vous inspirent. Mais admirez-vous également des musiciens plus confidentiels, via des chaines YouTube par exemple ?

J’avais découvert Newton Faulkner il y a quelques années sur le net, il avait réussi l’exploit de reprendre Teardrop de Massive Attack tout seul à la guitare acoustique. Impressionnant. On peut aussi citer Andy McKee, un guitariste au doigté hallucinant qui est capable de choses extrêmement complexes mais toujours mélodiques. Et puis Eric McFadden bien sûr, qui m’a fait l’honneur de jouer sur l’un des titres de l’album et qui à mon avis rien moins qu’un extraterrestre injustement mésestimé.

Il y a de la légèreté mais aussi beaucoup de densité grâce aux sonorités nombreuses présentes dans vos morceaux. Quand vous écrivez, savez-vous à l’avance quels seront les instruments à utiliser, les sons à produire ?

Tout commence généralement à la guitare et soit je compose un morceau complet de manière assez classique, soit je construis à partir de petits bouts de mélodies. J’adore les sons, quels qu’ils soient. Du coup une fois la structure définie, j’essaie d’imaginer ce qui serait le plus cohérent et le plus amusant à faire. Le but du jeu étant de toujours trouver de nouveaux challenges et que ce soit le plus fun possible, je me retrouve régulièrement à devoir transcrire sur des instruments que je ne maitrise pas forcément des airs qui hantent mon cerveau. C’est à la fois flippant et passionnant : J’adore ça !

Quelle a été l’étape la plus difficile à réaliser : l’écriture ? L’enregistrement ? Le mixage ? La promotion ?  

La promotion, sans aucun doute. L’écriture ou l’enregistrement sont des domaines que je connais bien et que j’aime pratiquer car, après tout, c’est la base même de la vie d’un musicien. Tout ce qui tourne autour de l’aspect promotionnel ou marketing de la chose, par contre, me semble aussi clair et simple qu’une équation à huit inconnues. Aujourd’hui, n’importe qui peut faire connaître sa musique en un temps record depuis n’importe quel endroit du globe. C’est à la fois un progrès indéniable et un écueil de taille : Comment faire savoir que l’on existe lorsqu’on est une goutte d’eau sonore dans un océan de vacarme ? Au final, je pense qu’il faut revenir aux bases : Soigner autant la musique que le visuel, offrir quelque chose de personnel et de sincère au public.

Il y a un véritable effort autour de « l’enrobage » de votre musique, notamment sur les visuels qui accompagnent Before the Dark. Dans quelle mesure travaillez-vous avec votre graphiste ? Quelle était l’idée à transmettre ?

Chaque chanson a fait l’objet d’une création visuelle réalisée conjointement avec Christophe « Kobayashi » Castejon, qui est un excellent photographe et graphiste. Le principe était la superposition, un jeu de cache-cache où je serais physiquement présent mais transformé, mélangé à différents environnements. Il y a un aspect organique dans ces collages qui me semble cohérent avec la manière dont j’ai réalisé les enregistrements, une part de hasard qui génère des émotions, que ce soit en écoutant ou en regardant. L’idée n’était pas de donner les clés de l’album mais de permettre à l’auditeur de se trouver les siennes, de s’approprier les chansons et de voyager avec nous.

Comme de nombreux projets culturels désormais, votre album a bénéficié d’une campagne de crowdfunding. Pensez-vous que c’est une étape inévitable aujourd’hui, qui plus est pour des artistes indépendants ?

Probablement, oui. Être signé par une maison de disque n’est finalement plus obligatoire pour exister désormais et le crowdfunding permet de nouer une relation plus étroite avec le public puisqu’il participe activement à la création de l’album. Cela limite le nombre d’intermédiaire et il n’y a finalement que des avantages.

Le crowdfunding apporte une dimension humaine au financement de projets. Existe-t-il un lien particulier avec vos fans ?

Si cet album a pu voir le jour, c’est grâce à eux et je leur en suis plus que reconnaissant. Certains ont tendance à l’oublier mais un artiste n’est rien sans le public, et c’est encore plus vrai avec le crowdfunding.

La communication et l’autopromotion sur web demande toujours plus de compétences et de temps, comment êtes-vous épaulé dans la promotion en ligne de votre musique ?

Nous sommes totalement indépendants, donc je travaille principalement avec Kobayashi pour mettre en ligne de nouveaux visuels ou des vidéos régulièrement. Nous avons également monté un show scénographié avec notre régisseur, Tony Signolet, afin de proposer un spectacle hybride, mélange entre un concert rock et une pièce de théâtre : Des vidéos sont projetées sur des cadres, une voix off égrène des définitions, des jeux d’ombres et de lumières permettent de donner un aspect théâtral et visuel à la musique. Tout cela représente énormément de travail mais proposer quelque chose de différent est finalement le seul moyen de se démarquer.

Internet a rebattu les cartes de l’industrie musicale en profondeur mais celle-ci commence à trouver des solutions dans les plateformes de streaming ou le merchandising. Voyez-vous cela comme une opportunité ou une menace ?

Pour être honnête, je pense que nous sommes encore dans le brouillard. Le streaming a certes le vent en poupe mais les retombées pour les artistes ne sont pas assez élevées pour que ceux-ci puissent s’en contenter. Le problème est qu’internet a permis à tout le monde d’obtenir tout et n’importe quoi gratuitement, ce qui rend la création à la fois accessible à tous mais difficile à rentabiliser pour un artiste. La scène, et le merchandising qui en découle, reste le meilleur moyen de vivre de son art et de toucher le public. Après tout, la musique existait bien avant l’invention de l’enregistrement…

Quels sont vos objectifs pour l’année 2016 ?

Jouer, jouer, jouer et encore jouer ! J’espère faire le plus de concerts possibles et enregistrer un second album pour pouvoir repartir en tournée puis en studio, etc. J’ai hâte de partir à la rencontre du public pour le remercier, qu’on voyage ensemble et qu’on prenne du bon temps. Que 2016 se place sous le signe du partage.

Enfin, question désormais traditionnelle ! Si vous pouviez faire un featuring avec la personne de votre choix, qui choisiriez-vous ?

Oh, la liste est longue ! Je dirais Dave Grohl, l’homme le plus cool du monde.

clint slate before the dark cover

Plus d’infos sur www.clintslate.com

Retrouvez Clint Slate pour le défi « un mercredi par mois au Théâtre Trévise » jusqu’en mai 2016

About the author

Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

Related Posts

Facebook Comments

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may also like

Plus de sens (critique)

Depuis sa création en janvier 2011, ce blog