The_Revenant_afficheInspiré d’une célèbre histoire de l’époque des pionniers américains, le film raconte la vengeance de Hugh Glass, un coureur de bois abandonné par ses équipiers après la terrible attaque d’un ours. Pour accomplir sa mission aux allures transcendantales, Glass va devoir affronter les rudes conditions climatiques de l’hiver mais aussi assurer sa survie face à la méfiance qui oppose amérindiens, français et américains.

Qu’une chose soit claire, The Revenant n’est pas un film historique, mais un trip survivaliste qui rappelle ô combien nous sommes petits face à la Nature avec un grand N. C’est elle qui détient le pouvoir de la vie sur les mortels que nous sommes par ses richesses qui nous protègent et nous nourrissent, mais aussi par les inénarrables dangers qui l’habitent. Pour garder de l’intensité dans des paysages profondément calmes à la beauté stupéfiante, il arrive les mésaventures les plus rocambolesques à Hugh Grass. Dans une sorte de Die Hard mixé à Man vs Wild, tout y passe pour faire passer un sale quart d’heure au bonhomme et raviver l’intérêt du spectateur. On touche parfois le sensationnel mais cela n’est pas dénué de sens non plus. A l’image du flippant De Niro dans Les Nerfs à Vif du Maitre Scorsese, Grass est une sorte de démon increvable qui ne lâchera rien pour réaliser sa vengeance. Son corps meurtri n’est rien comparé aux cicatrices émotionnelles qui le hantent. On ne peut pas échapper à ses actes, et John Fitzgerald (Tom Hardy) n’est que la preuve de cette morale presque biblique dans un monde terriblement hostile où l’homme se complait pourtant dans la sauvagerie. Le second sens religieux est d’ailleurs omniprésent dans The Revenant en confrontant les croyances des hommes pervertis par eux-même face à une entité suprême représentée par notre bonne vieille Terre.

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Un monde d’une beauté orgasmique, filmé sans chichi c’est à dire qu’on nous montre la nature telle qu’elle est. Les procédés sont simples : décors et surtout lumière naturels qui rendent certes l’image imparfaite, mais tellement plus pure et saisissante. Tourné sur place dans des conditions très difficiles, The Revenant est aussi une démonstration de logistique et d’organisation en terre inconnue. Des contraintes de tournages comparables, toute proportion gardée, à la folie Apocalypse Now. Le signe de l’ambition folle d’Iñárritu qui fait désormais partie intégrante de l’éclosion des blockbusters d’auteurs, dont l’industrie et la critique raffole de James Bond jusqu’au sommet des Oscars.

D’ailleurs, question inévitable, DiCaprio mérite-t-il sa statuette pour sa performance ? En tout cas ce n’est pas pour son interprétation des dialogues puisqu’il parle peu dans un film qui se contemple d’avantage. Sa prestation est surtout forte dans sa présence à l’écran, il se donne à 200% mais ne dégage somme toute pas tant d’empathie qu’on pourrait le croire : son personnage est aussi mystérieux que l’homme dont il s’inspire. On se souviendra surement autant de Tom Hardy en salaud qui ne paie pas pour attendre le courroux de son ancien collègue de travail. Pourtant, j’ai vraiment du mal à gober cet acteur avec sa nonchalance omniprésente et sa manie de parler du nez comme s’il n’en avait pas. Mais il faut bien dire qu’il a totalement le tronche de l’emploi ce coup-ci.

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N’ayons pas peur des mots, The Revenant est un chef d’œuvre de mise en scène permis également grâce à la magnifique photo d’Emmanuel Lubezki, collaborateur aussi d’Alfonso Cuarón, qui avait déjà superbement représenté Le Nouveau Monde dans le film éponyme. Au delà des considérations purement techniques, le rythme qui anime les images d’Iñárritu est exceptionnel. Déjà bluffant avec son vrai-faux plan séquence de Birdman, il continue dans cette lignée par de superbes mouvements de caméras et très peu de coupures dans les plans. Là encore, les séquences s’enchainent pour une fluidité parfaite synonyme de jouissance du spectateur. La première scène pose à ce propos directement le ton lorsque des indiens attaquent le camps des coureurs de bois : une scène d’action grandeur nature que nous sommes forcément déçu de pas revoir par la suite tant elle est impressionnante. Le thème du survivalisme en fait un film brut, violent, qui appuie sur la sauvagerie de l’homme, quelque soit son côté. Le western traditionnel est bien loin, le mythe du bon cowboy affrontant l’indien est relativisé montrant encore que la culture populaire US est prête à appréhender autrement son Histoire. Parce que les vrais bonhommes mangent de la poiscaille et du bison crus, tout le monde devrait le savoir.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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2 Comments

  1. Assez d’accord avec toit sur la perfection technique du bousin ; après c’est vraiment le « second sens religieux » qui me pose problème, complètement hors de propos selon moi.

    1. Je crois que s’il avait été plus clair, voire complétement assumé (à la manière du Guerrier Silencieux ?), ce serait mieux passé car ce second sens laisse en effet un gout étrange.

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