Suicide-Squad-afficheLes sorties estivales font comme chaque année honneur aux gros blockbusters qui tâchent. Évidemment, on retrouve dans le tas un énième film de super-héros tandis que 18 sont actuellement en production à Hollywood (!). Mais là où les shits storms deviennent de plus en plus récurrents (qu’ils soient légitimes ou non) sur les réseaux sociaux, on se demande combien de temps fonctionnera encore la recette des adaptations de comics gonflées aux centaines de millions dollars. Suicide Squad était peut-être l’opus Warner DC le plus attendu de l’année, porté par des teasing alléchants autour d’un film aussi sombre que débridé. Mais ça, c’était avant…

Superman a disparu et l’Amérique craint qu’un nouveau super-homme, semblable au Seigneur Tout-Puissant, ne donne allégeance à Daesh. L’État-major est alors convaincu qu’il faut employer une bande de taulards pour affronter une éventuelle menace extraterrestre, juste au cas où. Ça tombe bien puisqu’une sorcière et son bro maléfique veulent se venger d’avoir été remplacés par Apple dans le cœur païen des misérables humains. Emmené par le brave Nick Flag, le Suicide Squad est tenu en laisse pour nous libérer du Mal en échange d’une réduction de peine. « ‘Merica bless America ».

Dérouillé unanimement par la critique dès sa sortie, il était bien difficile de ne pas aller au cinéma sans apriori. Au risque de tirer sur l’ambulance, il faut bien avouer que Suicide Squad n’a absolument aucun intérêt et donne en plus le bâton pour se faire battre. Le film ne démarre pas trop mal grâce à un rythme enlevé mais souffre dès les premières minutes d’un criant problème de narration. L’effet de style employé par les scénaristes n’est autre que l’énumération redondante de chaque méchant qui s’apprête à former la team des bad guys : flashbacks sans originalité et teintés d’humour pas drôle, c’est clairement un sous Gardiens de la Galaxie auquel on assiste. Cette tentative infructueuse de faire du second degré surfe aussi mal sur la vague Deadpool que sur la bande son des amis de Groot. Une BO d’une banalité affligeante qui pourrait s’intituler « rock_greatest_hits.torrent ».

Une fois les scènes d’expositions terminées avec une pointe de Batman pour le fan service et l’accouchement forcée de l’univers cinématographique DC, l’encéphalogramme du film ne cesse de ralentir pour devenir complétement plat une fois la menace que devra affronter le Suicide Squad précisée. En l’occurrence une fratrie de dieux anciens dont l’un retrouve sa puissance en se transformant à l’aide de railles de métro (il fallait y penser). Il ne se passe RIEN dans le scénario dès cet instant qui transforme le spectateur en somnambule. L’affrontement final est aussi prévisible qu’inintéressant, comme l’ensemble des scènes d’action du film, ponctué d’émotions qui font rouler les yeux ou encore d’un bullet time si premier degré qu’il en devient gênant. Eh oui, même après 2h de vannes niveau CP et de mandales dans la tronche, on ne sait pas sas si Suicide Squad est un film qui se veut sérieux, parodique ou premier degré.

Le principal défaut du blockbuster de David Ayer est sans doute de ne jamais trouver son ton. La parfaite illustration en est le rôle du Joker incarné par Jared Leto, habitué des transformations physiques stupéfiantes. Passer derrière la mémorable performance de Heath Ledger force certes à tenter des choses nouvelles mais le résultat n’en est que plus déroutant. A mi-chemin entre le personnage coloré des comics et le cabotinage exagéré, on ne comprend pas quelle est l’utilité du super-méchant de Batman. Sous sa forme androgyne ultime, le Joker est une sorte de Tony Montana simplement malfaisant, entouré de gros guns, de molosses et de chemises Gucci. Ses agissements n’ont aucun sens (que dire du remake de Rabbi Jacob dans l’usine de chewing-gums ?) et n’apportent pratiquement rien à l’histoire d’autant que ses apparitions sont si rares qu’on devrait plutôt parler de caméo. On nous aurait menti ?

Là ou Batman v Superman devrait au moins faire l’unanimité, c’est dans sa mise en scène qui avait la volonté de proposer une vision inédite de l’homme chauve-souris. Dans Suicide Squad, il y a bien quelques écrans au graphisme soigné lors de la présentation des personnages mais les tons fluo pastels dans lesquels baignent le début du film disparaissent en même temps que l’intérêt de l’intrigue. Des couleurs qui craignent d’ailleurs le mauvais coup de vieux comme le WTFesque Batman et Robin de 1997 (devenu quant à lui un gentil nanar). Les autres personnages ne sauvent en rien la mise même si Harley Quinn sauve peut être les meubles par sa douce folie et son physique d’ogive nucléaire pour la gente masculine. Nick Flag, cliché parfait du G.I. Joe qui parle d’honneur et de loyauté, est le parangon du héros patriote. Casquette US sur la tête, discours à base de « défendons le monde (l’Amérique sic) ou vous mourrez » et éloges des armes comme protectrices d’une vertu disparue depuis Rambo. « Make America Great Again » dirait l’autre. Seul satisfaction, voir que le suédois Joel Kinnaman prend pied dans le Hollywood-game après le reboot de Robocop et surtout le rôle du rival politique de Frank Underwood dans House of Cards. Pour le reste, un latino, un indien d’Amérique (qui disparait aussi vite que ses ancêtres) et un homme crocodile complètent les premiers rôles… Comme Will Smith qui échoue encore et toujours à décoller son image d’has been de plus en plus écrasante.

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Suicide Squad n’est pas un navet ; pire, il est totalement insignifiant. Il pourrait s’inspirer de n’importe quel univers, porter n’importe quel titre ou avoir des personnages générés aléatoirement, cela ne changerait rien à la coquille vide qu’est le film de David Ayer. Incapable de conférer une once de crédibilité à une histoire absolument insipide, ni même un ton à ce blogiboulga d’absurdités, il suffisait peut être d’au moins tout miser sur l’increvable mythe populaire du Joker. Sauf que… on le cherche encore.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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3 Comments

  1. J’ai toujours pas eu le courage d’y aller… Ta critique me démotives encore plus, je cherche encore un retour positif !

    1. Je n’en ai toujours pas vu non plus ! Mais franchement, ce film est tellement lambda qu’il n’y a aucun intérêt à aller le voir.

  2. Pingback: Critiques express : les sorties d'aout 2016 - CTCQJ

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