steve jobs danny boyle afficheFocus sur la personnalité et la carrière de Steve Jobs à travers trois dates clés, trois annonces en grande pompe de produits qui ont changé l’histoire de l’informatique grand public. 

De Fincher à Boyle

Projet initié par David Fincher, ce second film biographique sur Steve Jobs (après l’oubliable biopic de 2013) ne cache jamais sa paternité évidente avec le réalisateur du très remarqué The Social Network à propos de Facebook. Pourtant, de tenaces désaccords avec les producteurs de Sony Pictures ont conduit le film à changer de crèche pour Universal, en même temps que Fincher ne quitte le bateau. Danny Boyle arrive alors à la rescousse, davantage pour mettre en scène le scénario du brillantissime Aaron Sorkin que pour s’approprier le personnage emblématique d’Apple, à l’heure où les entrepreneurs du web et de l’informatique deviennent des objets de fascination populaire. Le lien avec Fincher se ressent tout le long de Steve Jobs qui semble reprendre tous les codes de The Social Network avec, il faut bien l’avouer, moins de panache. Avant tout chose, c’est sur le scénario qu’il faut se pencher pour comprendre les ambitions du film par sa construction ingénieuse et intelligente. Ainsi, l’histoire se découpe en trois actes qui montrent les derniers moments qui précédent trois conférences, trois keynotes comme on dit dans le jargon, emblématiques de la carrière de Jobs mais aussi de la jeune histoire de la micro-informatique : les lancements du Macintosh en 1984, du cube Next en 1988 et de l’iMac en 1998. A travers ces dates précises se déroule la personnalité du créateur d’Apple qui prend d’autant plus de sens puisque ces moments de préparation sont synonymes de tensions intenses mêlées à l’excitation générale du public. Cela décuple la force des dialogues comme les mouvements de caméras qui suivent Jobs dans sa ballade dans les coulisses à l’approche de son apparition fatidique devant les télévisions du monde entier.

Freud likes this

En cela, Steve Jobs ressemble à une pièce de théâtre. Néanmoins, sa personnalité est dépeinte finalement peu à travers son boulot que par rapport aux conflits intérieurs qu’il affronte inexorablement. Voilà en fait une fable psychanalytique où chacun de ses proches est un objet de conflit dont la métaphore rappelle clairement celle de la famille : sous entendu que son bras droit est sa mère ou que Steve Wozniak est en quelque sorte son frère. Son impossibilité à désamorcer ses accrocs communicationnels/émotionnels contrebalance avec une forte propension à la répartie et au détachement. En off on est finalement loin de l’image publique du type cool. Mais cette forme très mythologique de percer l’esprit d’un « géant » a par contre un sérieux problème : aucune empathie ne se dégage du film. Aucun des personnage ne nous touche réellement, ils se noient dans une montagne de dialogues (à fortiori très bons) qui complexifie pour pas grand chose les rôles de chacun. Un constat ouf car Michael Fassbender s’implique à 300% et réussit peut être sa meilleure performance d’acteur, totalement Oscar-compatible en tout cas.

Steve Jobs
Think different

Le plus lourd à suivre est le conflit suprême entre lui et sa fille Lisa qu’il refuse un temps de considérer comme la sienne. Je ne cache pas m’être terriblement ennuyé dans ces scènes qui relèvent en un sens d’une histoire très personnelle et n’a en rien sa place dans les coulisses d’une keynote (même si tout cela est théâtral, j’entends bien). Peut être que se pencher d’avantage sur le business, la manière de travailler de Jobs aurait permis de percer la carapace du personnage avec plus de consistance.

Le fruit défendu

La mise en scène puise aussi son inspiration chez Fincher, elle est très stylisée et propose à certains moments d’excellentes idées. L’inévitable comparaison ne sera cependant jamais à l’avantage de Boyle, bien que son travail soit très bon, car il manque le piment qui remplace les dialogues par des images ou fasse ressentir toute la puissance d’une situation. On a plutôt affaire à l’application d’un cahier des charges qui bride forcément le style Danny Boyle.

Steve Jobs est un film extrêmement ambitieux qui se veut être le successeur de The Social Network. Écrit lui aussi par Aaron Sorkin, le scénario est impeccable dans la fluidité et la justesse des dialogues ainsi que la construction en trois actes du film. Il prend le risque de ne pas raconter de manière simplement chronologique la carrière de Jobs pour décrire sa personnalité. Pourtant, cette façon très psychanalytique de traiter le sujet l’ancre difficilement dans la réalité, voire le rends trop haut perché. Ici se trouve sans doute une des raisons de l’échec américain au box-office mais dans le fond, peut être que la fascination pour les gourous du web et de l’informatique est relative désormais à cause des logiques mercantiles évidentes que sont le big data ou l’omniprésence du numérique dans notre quotidien. Est on prêt à s’attacher à Steve Jobs ? En tout cas pas dans ce biopic.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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