Snowpiercer, Le TransperceneigeAvant toute chose, je tiens à préciser que je ne connaissais pas du tout la BD avant de voir le film. Mon avis ne prend donc pas en compte la fidélité que celui ci peut avoir par rapport à l’œuvre originale.

Depuis une quinzaine d’années, la Terre est devenue un immense glaçon inhabitable. Les derniers survivants de l’humanité ont pris place dans un immense train qui roule perpétuellement autour du monde. A l’intérieur, un système de castes s’est créé. C’est en partant du dernier wagon où la survie est plus que rudimentaire qu’un groupe va tenter de rejoindre la locomotive pour mettre fin à ce totalitarisme effrayant.

Par son synopsis, Le Transperceneige me fait beaucoup penser à Elysium. Les deux films mettent en avant un homme prêt à tout pour rejoindre un eldorado inconnu où vit reclus la dernière classe aisée de l’humanité.
Mais là où Neill Blomkamp s’est tourné vers l’action, Bong Joon Ho réussit à trouver le compromis parfait pour que le message du film ne perde jamais de son sens. Il est vrai que l’espace fermé du train empêche de se disperser mais sa symbolique en est d’autant plus forte.

Après un début un peu long, l’odyssée du Transperceneige parvient à monter en gamme au fur et à mesure de la progression des personnages. Chaque wagon propose une atmosphère, des décors complétement différents qui renouvellent la mise en scène et les possibilités offertes. Comme dans Cube, un wagon est un nouveau piège. Contrairement au schéma classique, les premiers rôles ne sont pas épargnés par des morts aussi soudaines qu’inattendues.
Le rythme est parfaitement dosé même si l’ultra violence de certaines scènes d’action est tout à fait discutable. Un parti-pris d’autant plus étonnant qu’une fois de plus, la caméra au poing rend les combats complétement illisibles.

Snowpiercer, Le Transperceneige : Photo Chris Evans

Je me demande également comment le réalisateur a pu laisser passer de petites incohérences flagrantes dans la mise en scène. Pour que les individus ne parlant pas la même langue puissent se comprendre, il existe un système de traduction instantané à tenir sous sa bouche mais ceux ci disparaissent aussi vite qu’ils sont arrivés dans un même dialogue ! De plus, la précision des Uzi à longue distance est totalement abusée mais heureusement, ce genre de détails sont rares et finalement peu importants (oui, je suis un gros chipoteur).

Mais c’est bien le message que délivre le film qui fait tout de suite la différence. Au delà de la lutte des classes, on se demande jusqu’où l’homme est prêt à aller pour survivre. L’idée de « mal nécessaire » prend tout son sens lorsque l’on rencontre ce fameux Wilford joué par l’immense Ed Harris. Il y a aussi la scène de l’école lorsque nous assistons à l’endoctrinement des gamins dans une ambiance joyeuse et coloré ! Elysium n’avait pas eu le courage de pousser sa réflexion jusqu’au bout. Dommage que la scène finale soit sans intérêt.

L’hommage à la BD semble avoir été fait dans la caricature des personnages aux traits exagérés et aux costumes hauts en couleurs. Pareil pour les images qui montrent le monde extérieur avec un air de cell-shading. En tout cas, la cohérence et l’homogénéité des images sont bien là.

Le casting international du Transperceneige laisse place à de bons spécimens comme Jamie Bell, Tilda Swinton, John Hurt et dans une moindre mesure Chris Evans dont je garde de biens mauvais souvenirs dans Captain America ! Pas de commentaire sur Song Kang-Ho que je ne connaissais pas du tout. Ma méconnaissance du cinéma asiatique est ici flagrante.

approved

Bonne pioche en cette fin d’année 2013 avec enfin un film d’action qui permet de se poser des questions. Le réalisateur coréen a trouvé la parade pour ravir un public international à l’aide d’un sujet qui parle à tous, idem pour ce melting pot d’acteurs qui en ravira plus d’un; le tout très bien filmé (sauf les combats). Le Transperceneige est comme ces trains blindés soviétiques, ça sent le froid et la peur comme la tentative de révolution du dernier wagon. Brrrrr !

About the author

Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

Related Posts

Facebook Comments

10 Comments

  1. Après ta découverte de Lee Byung-hun dans Red 2 (si je me souviens bien!), voilà Bong Joon-ho ! Maintenant faut aller voir chez les coréens comme ça se passe :p Je te conseille fortement le reste de la filmo du bonhomme, probablement l’un des meilleurs cinéastes en activité, principalement pour son « Memories of Murder », chef d’oeuvre indétrônable du genre policier.

    En tout cas, totalement d’accord avec ton avis même si l’absence du « traducteur » ne m’a pas semblé très importante (c’est juste histoire d’accélérer les échanges) et le coup des balles surpuissantes à longue portée, je l’ai plus vu comme un symbole de la rage déployée par les « riches » pour stopper l’ascension sociale, les manifestations… A mettre en parallèle avec un événement marquant de l’histoire de la Corée du Sud, le massacre de Gwangju, dont je pense que le film s’est fortement inspiré dans ses réflexions sous-jacentes.

    « Dommage que la scène finale soit sans intérêt. » -> Tu parles de la scène de l’ours ? SPOILERS SPOILERS SPOILERS En faites, contrairement à ce qu’on dit par ci par là, le train n’est pas seulement le Monde, c’est le Monde Occidental (ou plutôt le modèle capitaliste en général), et la fin du film montre l’écroulement de cette société, et la survie de deux peuples exploités des décennies durant par ce Monde Occidental : une jeune asiatique et un enfant noir (le fait qu’il soit enfant est très important). En gros, un nouvel ordre mondial où les dominants seront les anciens dominés, c’est ce vers quoi notre monde, et non pas la mort de tout.

    1. Exactement, je commence à voir quelques têtes du cinéma asiatique maintenant :) Le seul je ne connais vraiment est (le très bon) Ken Watanabé en fait ! Je sais que tu es un fin amateur du genre et si jamais je fais le pas vers un film coréen, je me pencherai sur tes conseils 😉

      Comme je le dit dans l’article, j’ai tendance à porter beaucoup d’importance aux détails. Évidemment que le coup du traducteur représente que dalle mais si le réalisateur trouvait ca trop chiant pour les dialogues, autant ne pas en mettre du tout au lieu de créer des faux raccords grossiers.

      Ton analyse est intéressante [SPOILER] mais la fin est trop caricaturale à mon gout. Le film baigne dans le mal et la colère et se termine sur une pointe de naïveté comme dans bien trop de film plus ou moins apocalyptiques. J’aurais aimé une vraie image forte quitte à ce que tout le monde meurt pour en faire un film pessimiste jusqu’au bout 😛

      1. Oui je comprends ^^

        Concernant la fin, je trouve ça hyper-pessimiste dans tous les cas de mon côté ! Parce que juste avant la toute-fin, y a quand même vingt minutes qui sont à pleurer !

  2. tu parles très bien de ce train d’enfer ! :)

    1. Merci collègue blogueur !! :)

  3. Bonsoir, et bien moi non plus, je n’avais pas lu la BD avant de voir le film (je me suis rattrapée depuis). J’ai trouvé le film très bien fait avec une fin pas conventionnelle. Tilda Swinton est méconnaissable. Ed Harris est impérial. Un très grand film et pas un énième blockbuster américain. C’est nettement plus subtil et il y a des plans magnifiques. Bonne soirée.

    1. On est tout à fait d’accord sur le fait que le film s’éloigne des blockbusters traditionnels américains ! Un vent d’air frais qui le place parmi les meilleurs films de 2013.
      Pour mon avis sur la toute fin, je reste sur mes positions, il y avait mieux à faire 😉 :)

      Merci pour ton commentaire !

  4. Pingback: All Is Lost (de J.C. Chandor) | CTCQJ !

  5. En effet, excellent film de science-fiction qui met en scène quelque chose d’inédit ; une nouvelle société post-apocalyptique ayant pris place dans un train futuriste à grande vitesse. Cette fois-ci, le concept est malin et développé ; la société est en révolution permanente, le dictateur est l’Antéchrist personnifié ; il pratique le malthusianisme (régulation par les armes de la population « indésirable »), esclavage, famine et cannibalisme, torture, exécutions, manipulation mentale à l’extrême. Cela évoque la société nord-coréenne, celle de l’ex-URSS ou encore celle de l’Allemagne Nazie.

    Finalement, ce train on peut le résumer en quelques mots : « camp de concentration », l’archétype de la société totalitaire aboutie, où tout est faux et dirigé, mais que la décision du protagoniste principal peut faire basculer.

    Il s’agit ainsi d’un chef d’oeuvre subversif qui tombe à pic puisqu’il donne à réfléchir sur la société actuelle et ses dérives.

    1. Pratiquement trois mois après l’avoir vu, de nombreuses images restent en tête. Une bonne preuve que ce fut un très bon film. Il a le mérite d’avoir une vraie personnalité avec son background qui fait froid dans le dos. Ce qui n’est pas sans rappelé, en effet, les pires périodes de l’Histoire. Avec Cloud Atlas et dans une moindre mesure Oblivion, je suis rassuré de constater qu’il est encore possible de faire de la SF intelligente et intéressante.

      Merci pour ton com’ 😉

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may also like

Plus de sens (critique)

Depuis sa création en janvier 2011, ce blog