PrémonitionsLa police d’Atlanta enquête sur un meurtre chelou qui conduit l’inspecteur Joe « Mains dans les poches » Merriwether et sa coéquipière à rappeler un mentaliste freelance, en retraite dans la brousse depuis de longues années. L’étrangeté de l’affaire sera suffisante pour qu’il réendosse le costard à la recherche d’un tueur qui semble avoir les mêmes pouvoirs que lui. Duel de mentaliste !

Thriller en apparence lambda, Prémonitions n’est pas moins que le fruit d’un projet en marche depuis plus de quinze ans… Et pas n’importe lequel ! En effet, le scénario est passé dans de nombreuses mains pour ce qui aurait pu être la suite de Seven, le film culte réalisé par David Fincher. En 2002, il est renommé Solace, titre qui ne bougera plus dans les pays anglophones. Cependant, même Paul Verhoeven décline la chaise de metteur en scène alors que Bruce Willis est pressenti au casting en 2005, et que l’un des scénaristes de Zodiac est appelé pour lancer la machine. Sans succès encore une fois. Il faudra attendre 2011 pour que l’inconnu Afonso Poyart prenne les commandes, avec l’aval de la production et d’Anthony Hopkins, pour ce projet sans cesse repoussé. Ce qui, soyons honnête, n’est pas franchement bon signe.

La filiation avec Seven, toute proportion gardée, se ressent dans l’ensemble du film. On découvre une succession de crimes qui vont de l’étrange au crado, alors que nos trois détectives tentent de trouver le fauteur de trouble. Ce dernier est particulièrement difficile à chopper d’autant qu’il se joue de la police et n’apparait à l’écran que dans la dernière partie du film. La comparaison s’arrête là puisque Prémonitions a tout à envier au film de David Fincher. Premièrement, sa mise en scène très clipesque pour appuyer le rythme du film ne permet qu’à de rares moments de reposer nos petits yeux. Sans cesse, la caméra se déplace, même quand ce n’est pas nécessaire. Par exemple, lorsque les acteurs sont fixes dans un dialogue, le mouvement de l’image est incessant ou se permet des zooms x8 sur les visages. Quant à l’interrogatoire d’un des suspects, le travelling fait le tour de la table jusqu’à vomissement.

prémonitions hopkins 2
Joe « Mains dans les poches » Merriwether sort son pétard

Cette mise en scène surfaite se combine à des images froides, aux couleurs sombres qui donnent un cachet artificiel au film. C’est un peu comme les visions du mentaliste qui sont plutôt réussies mais pourraient tout aussi coller à un clip de Depeche Mode. En voulant se donner une identité propre, Prémonitions puise en fait ses inspirations un peu partout sans jamais les améliorer. La bande son électro tente quand même de se faire une place dans ce condensé de trucs moyens.

Pour emmener cette histoire surprenante, deux stars sont à l’affiche. D’abord, Anthony Hopkins dans le rôle du mentaliste hyper puissant qui connait tout de ta vie, de ton futur et des scènes de crimes qu’il analyse. Valeur sûre, l’acteur et sa tronche identifiable parmi cent se prête bien au mystère qui enrobe le pouvoir de son personnage. Devenu la personnification du Mal, cela change un peu la donne de le voir de l’autre côté de la barrière. En face de lui, Colin Farrell, veste en cuire et la démarche assurée, tue des gens qui s’apprêtent à avoir de terribles maladies. Et oui, lui aussi est un mentaliste dont les motivations, on va le voir, rendent la morale de ce film tout à fait WTF.

Il faut comprendre que pour voir Prémonitions, mieux ne vaut pas être hypocondriaque. En effet, la plupart des personnages ont/vont se confronter à d’horribles diagnostiques balancées à l’arrache : SIDA, cancer, tumeur au cerveau, leucémie,… comme si la simple prononciation de ces atrocités rendait d’un seul coup la trame scénaristique vraisemblable. Cette incroyable banalisation de la maladie ne s’arrête pas là, car le fond du film est de nous questionner sur l’utilité de vivre souffrant alors qu’on pourrait mourir heureux, avant d’agoniser sur un lit d’hôpital. OSEF donc de se battre contre la maladie, balancer comme des faits qu’on ne guérie jamais de grands maux représentent tout sauf une leçon d’espoir, tout cela pour uniquement fouetter notre empathie. Autant dire que c’est raté.

Prémonitions : Photo Colin Farrell
Walking in my shoes

Fils plus ou moins spirituel de Seven, Prémonitions est surprenant à bien des niveaux. Accrocheur par son rythme battant, ce thriller peine malgré tout à nous faire décoller de par sa mise en scène faussement classieuse et ses personnages taillés à la hache. Mais c’est surtout la morale du film qui casse tout par le biais d’un mélodrame absolument maladroit. En dépit de ces points noirs, Prémonitions n’est pas un navet et peut se regarder comme un divertissement convenable. Néanmoins, il parait que l’on ne sort de l’ambiguïté qu’à son désavantage.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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