EnemyTabernacle ! Quelques mois après un premier succès à Hollywood, le réalisateur québécois Denis Villeneuve confirme tout le bien qu’on a dit sur lui. Tentative d’explication.

Adam Bell est un prof d’Histoire plutôt introverti. Alors qu’il regarde un film sur son ordinateur, il est stupéfait de remarquer qu’un des acteurs est son sosie parfait. Il décide alors de se renseigner sur ce mystérieux double en dépit de ses peurs, ses doutes et ses tourments.

Si vous aimez garder le contrôle de votre esprit, c’est perdu ! Pendant tout le film, le spectateur devient le jouet du réalisateur qui ne cesse de brouiller les pistes. Les questions se posent continuellement et notre compréhension des choses peut changer brusquement. On commence par se demander pourquoi une si simple situation peut devenir à ce point un drame pour Adam et son entourage pour ensuite comprendre que la psyché du personnage est au centre du problème. Ainsi, il est impossible de sortir d’un tel visionnage indemne. On attend une réponse puis on reste béat sur ce final surprenant (dans tous les sens du terme) qui ne pose pas de conclusion claire. Rien n’arrive sur un plateau d’argent, il faut cogiter. Pour complexifier la chose, il y a plusieurs niveaux de lecture dont l’autre grand mystère est cette foutue omniprésence des araignées. Enemy est un puzzle dont les pièces se mettront dans l’ordre une fois compris tous les éléments du film. Une fois que cela est fait, on ne peut constater que l’excellence d’un tel scenario et d’une mise en scène où absolument rien n’est laissé au hasard. A la manière du Sixième Sens, les réponses que l’on cherche passent devant nos yeux sans vraiment s’en rendre compte. Un second visionnage semble impératif pour tout comprendre par soi même. Pour accentuer le mystère, il n’y a pas énormément de dialogues. Enemy se contemple avant tout.

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal

Jake Gyllenhaal lâche une excellente performance dans ce thriller psychologique. Denis Villeneuve a donné les clés du film à ses acteurs en laissant une place considérable à l’improvisation. Les scènes ont été tournées de nombreuses fois, avec des manières de jouer différentes, pour tenter de faire ressortir les émotions les plus enfouies. Il en faut du temps pour remplir une bouteille de sirop d’érable. Gyllenhaal a même affirmé après une longue série de rush que cette expérience était aussi jouissive que vous savez quoi ! Une méthode qui a donc porté ses fruits car au delà de sa construction visuelle et scénaristique, c’est aussi le jeu d’acteur qui fait la réussite d’Enemy. Le regard de Sarah Gadon est glaçant ! Quant à Mélanie Laurent, sa présence se limite à des ébats, c’est à dire un rôle pas forcement inoubliable dans sa carrière.

approvedTourné avant Prisoners, Enemy est le vrai premier film à Hollywood de Denis Villeneuve. En s’inspirant d’un roman qui attise la curiosité, le canadien apporte une vision fraîche du thriller en baladant le spectateur à sa guise vers des émotions et des ressentis précis. Une plongée dans la tête d’un homme perdu, contrôlée par ses addictions pour fuir des responsabilités qui l’angoissent. Parfois effrayant, souvent déstabilisant, on se souviendra longtemps d’Enemy qu’on pourrait considérer comme un petit chef d’œuvre. Seul l’avenir nous le dira mais une chose est sûre, voilà un réalisateur à suivre de près. Et Gyllenhaal, un nom toujours aussi chiant à prononcer.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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4 Comments

  1. Le film se fait défoncer, malheureusement…
    Bonne critique ! (et je ne savais pas que ça avait été en partie improvisé, merci ! ^^)

    1. Quel dommage… J’ai bien peur que les gens ne veulent voir que des films pré-mâchés. :/

      Merci pour ta lecture ! Par contre je me suis trouvé moins inspiré que pour mes précédents avis :) 😉

  2. Pingback: Sicario (de Denis Villeneuve) - CTCQJ

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