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Les giboulées de mars nous offrent une sélection éclectique mais pas forcément mémorable.

13 hours affiche13 Hours (de Michael Bay)

L’Amérique a toujours besoin d’ériger des héros : il avait fallu seulement quelques mois pour que la traque de Ben Laden soit le sujet d’un film (Zero Dark Thirty) ou que Clint Eastwood ne tente son biopic d’un soldat de retour d’Irak dans le détestable American Sniper. Ainsi, ce sont des productions très ricaines, censées s’adresser à un public local plus à même de vivre ainsi son patriotisme.

Cette fois-ci, l’action se passe en Libye. Une fois que Kadhafi est tombé en 2011, les États-Unis étaient les seuls à rester sur place via une antenne de la CIA et une ambassade. Mais dans un pays qui baigne dans l’anarchie et qui penche dangereusement vers l’islamisme radical, 13 Hours montre comment la dernière base US est devenu Fort Alamo face à des vagues de miliciens armés attirés par le sang des occidentaux. Alors forcément, on a  le droit à tous les clichés inimaginables sur la figure héroïque du Marine, prêt à tous les sacrifices pour sauver ses ressortissants. En découle des scènes caricaturales pour nous rappeler que derrière les muscles se cache un père de famille aimant. Le reste du temps, on se chambre comme des bonhommes en attendant de partir en mission armé jusqu’aux dents. Pour cela, des acteurs aussi lambda que leurs personnages déblatèrent des dialogues vides et sans originalités qui auraient largement pu être sabrés pour réduire d’une bonne demi-heure les 2h30 de la projection.

Cependant, quand le roi des explosions quitte l’univers des blockbusters cradingues, il ne peut s’empêcher de laisser le grand spectacle de côté. Face à la folie et l’absence de cohésion de l’ennemi, le chaos prend place, servi par l’expérience explosive de Michael Bay et ses techniciens. Ca pète de tous les côtés, les roquettes ricochent, le feu se déclare et les armes pétaradent avec réalisme pour réveiller les voisins si l’on possède une barre de son. Le climat de peur qui règne dans ce pays en guerre civile fait son effet à la manière d’Argo où on ne sait pas à qui se fier dans un territoire terriblement hostile. La fin mièvre temporise le ton (justement ou injustement, c’est selon) manichéen du film pour se donner bonne conscience. Néanmoins, ce  « tower defense » fait tout de même planer la réflexion sur l’état d’un pays en guerre comme la Libye et pose en filigrane la question de la présence militaire occidentale contre le radicalisme. Sans BHL par contre.

Midnight_Special afficheMidnight Special (de Jeff Nichols)

Animé depuis son premier film (Shotgun Stories, 2007) par une fascination pour le sud des États-Unis  – il est lui même originaire de l’Arkansas – et les énigmes psychologiques, Jeff Nichols ajoute avec Midnight Special la science fiction à son cocktail de cinéaste. D’abord surprenant, le sujet ne l’est pas tant car le réalisateur s’inspire ici du cinéma de Spielberg de la fin des années 1970 qui sous tendait déjà des problématiques autour de la place de l’enfant par le prisme du paranormal et des extra-terrestres. En effet, Midnight Special raconte comment un père de famille tente de rejoindre un mystérieux point de rendez-vous pour sauver son fils doté de pouvoirs surnaturels. Ces derniers le sont suffisamment pour fédérer une secte et la moitié des soldats américains prêts à défendre le concept de sécurité nationale. L’histoire prend la forme d’un road-movie à travers le Texas où l’on comprend malheureusement vite comment tout cela va se terminer, la faute a une séparation trop marquée entre les deux parties du récit.

Jeff Nichols met pourtant sa patte pour s’approprier l’imaginaire de Spielberg dont il s’inspire plus qu’il ne lui rend hommage, contrairement au Super 8 de J.J. Abrams. Cela passe notamment par son acteur fétiche, le talentueux et charismatique Michael Shannon dont la profondeur du jeu donne rien qu’en le regardant un sentiment d’authenticité inébranlable. Cependant, l’ensemble a trop de stigmates du film d’auteur pour nous faire réellement décoller : il est riche en bizarreries, en dialogues subliminaux et propose une conclusion somme toute téléphonée quoique visuellement irréprochable, qui ne laisse pas tant d’interrogations qu’on pourrait le penser.

Moonwalkers afficheMoonwalkers (de Antoine Bardou-Jacquet)

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La réalisateur français Antoine Bardou-Jacquet s’attaque à un sujet récurant des théories du complot, en l’occurrence la remise en cause de l’alunissage d’Apollo 11 en 1969 par le fameux mythe Stanley Kubrick. Le scenario raconte comment le gouvernement américain a tenté de prendre contact avec le cinéaste, tout juste auréolé de 2001, l’Odyssée de l’espace pour mettre en scène des images lunaires au cas où la mission se solderait par un échec. En détournant les hallucinations judéo-maçonniques, le film met en scène un quiproquo bien calculé. L’agent de la CIA Tom Kidman pense rencontrer Kubrick et son agent alors que ce sont deux jeunes fauchés à la recherche du jackpot. Centré sur trois personnages aux caractères très opposés, les situations comiques s’enchainent dans une vision fantasmée des naissantes années 1970 bercées par le rock, le sexe, la drogue et les hippies. Un condensé de stéréotypes certes, mais qui fonctionne bien avec son ton volontairement déjanté, teinté d’humour british. Les quelques scènes de trip sont très réussies dans un film qui brouille les frontières de la réalité par les ficelles de l’exagération gentillement trash.

triple 9 aficheTriple 9 (de John Hillcoat)

Toujours en salle près d’un mois après sa sortie, Triple 9 est la petite surprise de ce début d’année. Pourtant, ce n’est pas son histoire de flics ripoux qui va révolutionner l’imaginaire très cinématographique du braquage, dont The Town reste la dernière grande réussite. 999 est le code radio que les policiers américains donnent lorsqu’un agent est touché, ce qui appelle en conséquence la cavalerie lourde. C’est sur cette diversion que se base le tournant d’un scénario, en dehors de ces scènes d’action, assez insignifiant. Il est sans surprise, faussement compliqué et animé par des personnages ennuyeux en dépit de son casting prometteur : Casey Affleck énerve avec son chewing-gum, Kat Winslet n’est pas si effrayante qu’on veut nous le faire croire et Woody Harrelson fait du Woody Harrelson. Derrière, on compte quelques stars du petit écran comme Aaron Paul et Norman Reedus. Pour autant, là où Triple 9 vaut le détour, ce sont pour les scènes d’action sur le terrain. Les patrouilles et descentes dans les quartiers chauds d’Atlanta transpirent de tension face à des situations qui peuvent exploser à tout moment : membres de gangs à la peau coloriée de tatouages, armes à feu de partout et menaces contre les forces de l’ordre forment une toile de fond efficace pour un film qui se veut réaliste, en tout cas dans ses moments chauds. Pour le reste…

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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