En compétition au Festival de Cannes 2016
En compétition au Festival de Cannes 2016

Elle (de Paul Verhoeven)

CTCQJ-approved
Le cinéma français n’est pas voué à être aride, littéraire et dramatique (quand il ne propose pas de comédies), ne soyons pas fatalistes ! Cette adaptation du roman Oh… de Philippe Dijan est un tournant stupéfiant dans la filmographie culte de Paul Verhoeven. Là où on ne l’attend pas, le réalisateur néerlandais apporte son supplément de folie et son sens de la narration dans un thriller profondément réussi alors que les sujets abordés ont à priori tout pour être casse-gueule. Elle, c’est d’abord Isabelle Huppert (aka Michèle), personnage central aussi fascinant qu’ambiguë se complaisant à faire souffrir les autres… et sans doute aussi elle même. Michèle porte des terribles cicatrices de sa jeunesse et cela se traduit par une asociabilité chronique, mais aussi dans une vie sentimentale et charnelle particulière.

C’est bien le principal propos du film : une femme mûre, sûre d’elle qui ne veut pas montrer ses faiblesses alors même qu’elle subit d’effroyables agressions à répétition dans la maison où elle vit seule. Le scénario surprend, rien n’arrive comme on pourrait l’attendre sans tomber dans des travers mélodramatiques ou une déshumanisation des personnages. On assiste plutôt à un portrait cynique de la « caste » bourgeoise parisienne, d’ailleurs souvent assimilée au cinéma français, où derrière les masques et les bonnes manières se cachent des personnalités loin d’être parfaites. Le ton n’en demeure pas moins varié et laisse la place à des dialogues savoureux teinté d’humour et de subtilité. « Pervers sans être malsain, rugueux sans être violent, sensuel sans être sulfureux » comme le dit si bien Kamarade Fifien, Elle n’avait il pas tout pour repartir champion de Cannes 2016 ?

Braqueurs afficheBraqueurs (de Julien Leclercq)

ctcqj disapproved
« Le meilleur polar depuis Mesrine » pour la critique n’est pas franchement le ressenti que j’ai eu devant Braqueurs, films de… braquages censé redonner des lettres de noblesse au polar français, genre cinématographique national incontournable. L’imaginaire de Michael Mann se ghettoïse à coups de « wesh, ma gueule » qui ponctuent des dialogues insipides/vulgaires entre cailleras de banlieues et repris de justice. Le second degré n’existe pas, tout est affaire de bonhommes dans la téci mais le carotteur risque de finir carotté par les pontes de (Pascal) Sevran, parmi lesquelles l’interprétation bien trop guez du rappeur Kaaris. Il n’existe aucune empathie pour des personnages bas du front malgré l’infructueuse tentative d’humaniser le gars sûr de la bande, aka Sami Bouajela, qui s’amourache pour une bobo parisienne. Les scènes d’action sont quant à elles assez pêchues, on y sent toute la tension à l’aide d’un mixage sonore de qualité même si cela est loin de faire oublier la faiblesse de l’ensemble, à l’image de cette fin écrite au karcher.

Mr_Holmes afficheMr. Holmes (de Bill Condon)

Plus de 120 ans après sa naissance littéraire, le mythe Sherlock Holmes se démultiplie au cinéma avec une vigueur étonnante, du blockbuster américain de Guy Ritchie à la série phénomène de la BBC. Bill Condon revient sur un registre beaucoup plus classique pour mettre en scène l’aurore de la vie du détective, incarné par l’imposant Ian McKellen qui sort enfin de son rôle monolithique de Gandalf lui collant à la peau (malgré lui). Touchant par la fragilité du grand âge, il y a quelque chose de fort dans ce old Sherlock qui tente de recoller les bouts de sa dernière affaire alors que sa mémoire lui fait défaut. Une conclusion qui lui tient à cœur car c’est aussi pour lui l’occasion de dévoiler son véritable visage, non idéalisée face à la notoriété ses exploits, d’un homme avec des faiblesses derrière sa carapace. Une belle adaptation, bien plus posée que les récentes sorties, qui montre que Sherlock Holmes est un personnage éminemment multiple et intemporel.

The-Nice-Guys affiche
Hors compétition au Festival de Cannes 2016

The Nice Guys (de Shane Black)

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Le buddy movie à l’américaine n’a pas disparu, et même si The Nice Guys fantasme les frivoles années 1970, il semble que l’improbable duo Ryan Gosling – Russel Crowe ait de l’avenir. L’un est détective privée tendance dandy looser, l’autre un quinqua qui défend contre de l’argent de poche la vertu des jeunes filles de LA. Comme dans tout bon duo comique, leurs caractères les opposent et les dialogues sont suffisamment bien écrits pour mettre le spectateur à l’aise en créant des situations qui font poindre sans peine le rire. Oui, il est encore possible de faire des blagues drôles sur Hitler. Il faut dire que le fond de l’affaire facilite la développement des personnages puisque les deux hommes enquêtent, sous la menace, à propos de la mort mystérieuse d’une jeune actrice porno. La tournure que prend le scénario est inattendue, ponctuée par des scènes d’actions cocasses et énergiques. Vivement la prochaine aventure des « gentils garçons » dont le potentiel culte est certain. Peut être la bonne surprise de l’année !

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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