A lire aussi, le gros plan sur le gros four de l’été : Suicide Squad (de David Ayer)

blood father afficheBlood Father (de Jean-François Richet)

CTCQJ-approved
Ressorti du purgatoire après des années de vache maigre et des problèmes personnels qui l’ont radié de Hollywood, Mel Gibson se trouve une nouvelle place dans des series B ou des projets indépendants qui font bien souvent échos à sa carrière. Cela a démarré en 2011 avec Le Complexe du Castor (de Jodie Foster) pour enchainer sur des films d’actions de seconde zone à l’image de ce Blood Father qui regroupe toute la mythologie « gibsonienne » en son sein. Le pitch n’est pas franchement original pour Mad Mel qui joue un ex taulard arrondissant ses fins de mois à faire des tatouages dans sa caravane, planqué dans le désert californien. L’homme vit seul et tente de se faire oublier mais lorsqu’il retrouve sa fille disparue il y a quelques années, il doit la protéger des cartels mexicains vengeurs avec qui elle a fricoté. Cheveux grisonnants, barbe à faire pâlir le Démon, rides marquées et muscles saillants, Mel Gibson est le Mâle Alpha qui a de la bouteille et qu’il vaut mieux ne pas faire chier. Badass a souhait, son personnage dans Blood Father transpire d’un charisme rare qu’il conduise une Harley dans un no man’s land, un canon scié à la main ou à dérouiller quelques malfrats peu fréquentables. Pas totalement un fiction d’action (ces scènes sont finalement expéditives), il se forme un vraie duo avec Erin Moriarty qui joue sa fille et n’est pas la princesse en détresse que l’on pourrait croire. Les comparaisons avec les Taken-like est ainsi vite oubliée devant ce film où le vieux Mel Gibson est en symbiose avec son environnement, mis en scène avec tact par le réalisateur des Mesrine.

dernier train pour busan affiche
Festival de Cannes 2016

Dernier train pour Busan (de Sang-Heo Yeon)

A la croisée des chemins entre The Snowpiercer, World War Z et 28 jours plus tard, le film coréen de zombies présenté au dernier Festival de Cannes n’invente rien mais utilise a bon escient des mécaniques huilées. Évidemment, il faut en premier lieu apprécier les films de zombies assez gore, et pas ceux de Romero de préférence. Dans le cliché moderne du mort-vivant, ceux de Sang-Heo Yeon font des bruits gutturaux, se meuvent de manière ridiculement désarticulée et se mettent à sprinter dès qu’ils voient une proie humaine où planter ses canines. La réalisateur a bien tenté d’intellectualiser tout ca par une critique de la rigidité sociale de la Corée du Sud dans une vision exagérée de l’individualisme à l’excès. Le méchant capitalisme est le Mal incarné à travers un patron du CAC 40 de la pire espèce et du personnage principal qui travaille dans la finance quitte à oublier sa fille pour décrocher le jackpot. Des personnages très caricaturaux qui empêchent toute empathie et nous font finalement observer comme de simples spectateurs la fuite contre la mort. Sur ce point, Dernier train pour Busan ne manque pas d’être pêchu, les temps forts et calmes sont parfaitement dosés et il s’avère bien compliqué de s’ennuyer en dépit des lourdeurs agaçantes de certains protagonistes. Sans parler du point faible évident des zombies que personne ne cherche à profiter plus souvent. Quelques scènes resteront dans les mémoires en nous montrant ce qu’un blockbuster comme World War Z aurait dû faire auparavant avec des moyens bien plus conséquents.

star trek sans limites afficheStar Trek : Sans Limites (de Justin Lin)

J.J. Abrams a quitté l’Entreprise pour le Millenium Falcon laissant le réalisateur de Fast and Furious aux commandes. La cahier des charges est bien rôdé, il existe une vraie dynamique entre les trois derniers épisodes tant dans l’évolution de ses personnages principaux que de sa narration, adepte de moments parfaitement épiques. C’est bien ce que l’on retiendra de positif de ce troisième film qui présente quelques scènes de hautes volées, à l’image de l’introduction sensationnelle où une nuée de vaisseaux attaque l’emblématique navire spatiale du capitaine Kirk. Cependant, ces quelques temps forts se diluent dans un scénario d’une grande banalité avec un méchant inintéressant, loin de ce qu’on avait finalement (et seulement ?) retenu de Into Darkness : Benedict Cumberbatch. Pourtant, Idris Elba n’est pas du genre à manquer de charisme. Il y a bien quelques tentatives de remettre au gout du jour la confrontation temporelle entre les Star Trek originaux mais voilà peine perdu pour les plus jeunes qui, comme moi, n’ont réellement découvert la saga qu’à travers ce reboot, ou dans une moindre mesure dans les parodies décrites par Futurama. Star Trek Sans Limites c’est la désormais habituelle rengaine du film de SF presque anonyme, bien peu inspiré et qui se contente d’être un « simple » divertissement. On constate même une tendance vers le mauvais gout (prend ça La Grande Évasion). En somme,  c’est à moitié réussi, soit  insuffisant pour ressortir avec une quelconque mention. N’oublions pas de rendre bien sûr un hommage à Anton Yelshin, le jeune interprète du sympathique Chekov, décédé brutalement au début de l’été. Le rôle ne sera pas repris dans le prochain volet prévu pour 2018.

stefan zweig adieu l'europe afficheStefan Zweig, adieu l’Europe (de Maria Schrader)

Le film raconte les dernières années du célèbre écrivain qui avait fui, comme des milliers d’artistes et de scientifiques, l’Allemagne nazie pour vivre en Amérique : Zweig avait choisi le Brésil. Construit comme une pièce en plusieurs actes, on découvre au fur à et à mesure que le temps avance et que la guerre progresse en Europe, l’irrémédiable renoncement psychologique de Stefan Zweig et de sa compagne. Pourtant adulé partout où il passe, cette vie de star lui convient de moins en moins. La première partie du film (celui-ci est structuré par chapitres) essaye de répondre à la place de l’artiste : doit-il profiter de sa visibilité pour afficher ses idées politiques ? Débat bien emmené mais qui ne dure pas puisque certains actes ennuient plus qu’autre chose, notamment lorsqu’on se penche sur la vie privée de l’écrivain. Il faut dire que le cinéma allemand brille désormais par sa sobriété et son sérieux. On apprend néanmoins des choses sur la personnalité de Zweig et les raisons qui l’ont conduit à son suicide, n’en pouvant plus de vivre loin de ses racines, sa patrie dévastée, comme l’Europe, par les bombes. Maria Schrader arrive tout de même à rendre certains moments forts comme l’ouverture et la fin du film qui prennent la forme d’un plan séquence où la caméra est simplement posée et enregistre la précise chorégraphie des acteurs et des figurants. L’émotion est palpable lors de la découverte des corps inanimés de Zweig et de sa femme puisqu’un très habile jeu de miroir nous fait découvrir l’ultime scène.

Toni Erdmann affiche
Festival de Cannes 2016

Toni Erdmann (de Maren Ade)

CTCQJ-approved
Quand on dit film d’auteur allemand de 2h45 présenté au Festival de Cannes, ca fait forcément un peu peur. Cependant, le succès critique unanime de Toni Erdmann force la curiosité… à juste titre ! Ines Conradi est une femme qui voue sa vie au travail très sérieux en « stratégie d’externalisation » dans l’industrie pétrolière. Dans ce doux monde professionnel où l’habit fait le moine, Ines consacre 100% de ses forces, elle veut tout contrôler quitte à devenir une « bête » selon le compliment de son patron. Ses proches sont mis à l’écart comme une distraction qui ne l’intéresse pas, loin de ses réalités. Ainsi, son père, un papy un peu relou mais adepte de la blague, décide de hanter le quotidien de sa fille avec des apparitions déplacées qui créent des situations particulièrement embarrassantes en plein entretien avec son boss ou avec un client de première importance. La gêne est au rendez-vous mais la finesse d’écriture rend ses moments drôles et conduisent un peu plus Ines à prendre conscience d’elle même et que la vie passe pendant qu’elle enchaine les conversations téléphoniques. Cette poésie loufoque atteint de jolies sommets dans la dernière partie du film (qui n’ennuie finalement jamais) où les codes sont cassés car nous sommes finalement tous les mêmes sous le costard : un corps avec une paire de nibards ou une saucisse de Francfort. Comme quoi, les allemands peuvent aussi nous attendrir pour ce qui aurait dû être (?) la Palme d’Or du Festival de Cannes 2016.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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