A_Bigger_SplashA Bigger Splash (de Luca Guadagnino)

Remake du film culte La Piscine de Jacques Deray, A Bigger Splash démarre avec un handicap notoire : celui d’être forcément comparé à son prédécesseur. Le réalisateur italien propose ici une réinterprétation de l’histoire même si elle garde la structure du film de 1969. Cette fois, une chanteuse de rock aphone après un concert passe des vacances dans le Sud de l’Italie avec son copain. Le calme estival est alors interrompu par l’arrivée de son excentrique ancien producteur avec qui elle a eu une relation amoureuse. Accompagné de sa fille, sa présence fait des remous autour de cette fameuse piscine, théâtre de la tragédie humaine. Les émotions des personnages sont très freudiennes car elles tournent autour d’une tension sexuelle qui plombent les relations entre eux et met parfois le spectateur mal à l’aise.

L’élément perturbateur Harry Hawks, fruit d’une incroyable prestation de Ralph Fiennes mérite à lui seul de regarder A Bigger Splash. Habitué des rôles plutôt sérieux qui nécessitent tout son flegme, l’acteur anglais se lâche complétement, déchainé de bout en bout. On savoure chacune de ses apparitions avec comme point d’orgue une danse endiablée sur Emotional Rescue des Rolling Stones. On ne peut malheureusement pas en dire autant de Mathias Shoenart, d’un ennui terrible qui rappelle plus Alain que Delon. Quant à Tilda Swindon et son look androgyne, elle surprend par son interprétation alors même qu’elle ne parle presque jamais ! La dynamique du film s’étiole cependant jusqu’à une dernière partie inconsistante où le réalisateur tente de placer au forceps la problématique des migrants. Il manque un quelque chose pour rendre ce remake rock de La Piscine immanquable, la faute à de petits défauts, qui accumulés, donnent la sensation du « tout ça pour ça ».

Dalton_TrumboDalton Trumbo (de Jay Roach)

Adepte des productions potaches entre Austin Powers et Mon Beau Père et Moi, Jay Roach se lance dans le film engagé, mouvance récurrente d’un cinéma américain qui ne craint plus de traiter les points sensibles de l’histoire des États-Unis. Pour autant, la forme fait là aussi défaut par une approche détournée voire fallacieuse de son sujet. Donald Trumbo a été un des grands scénaristes d’Hollywood, plusieurs fois récompensé aux Oscars mais il fut victime de la chasse aux sorcières comme bon nombre de ces collègues. Et oui, il ne valait mieux ne pas être un rouge en temps de Guerre Froide ! Étonnamment, le film ne cherche jamais à expliquer le communisme qui reste une caractéristique du personnage à son désavantage, comme s’il subissait une discrimination d’ordre « naturel » en rapport à sa couleur de peau ou nationalité. Donald Trumbo est socialiste mais jamais on ne sait pourquoi, ni comment il s’implique politiquement. Son combat se résume à faire des films malgré la censure qui pèse au-dessus de ses épaules, même s’il doit bosser sans interruption au fond de sa baignoire. Sa vie de famille est censée être le moteur de l’histoire mais tout est terriblement convenu, comme cette réconciliation avec sa fille ado (jouée par Elle Fanning) à base de caramel beurre salé : « mais papounet, si je suis chiante et rebelle c’est parce que tu es mon modèle ! »  Heureusement que papa n’était ni alcoolique ni cambrioleur.

L’après Breaking Bad n’est pas évidente pour Bryan Cranston qui peine à convaincre, la faute aussi à une écriture qui ne fait en rien évoluer Trumbo du début à la fin du film. Il y a pourtant quelques points positifs à retenir dans cette reconstitution de l’Âge d’Or du cinéma hollywoodien dans le secret des plateaux et des studios qui rappelle Avé César, somme toute assez proche dans la manière de traiter le sujet (défauts inclus). Il y a de quoi gagner en culture cinéphile avec des extraits de films d’époque, des actualités ou encore l’apparition d’anciennes gloires à l’image d’un Kirk Douglas criant d’authenticité interprété par Dean O’Gorman.

DemolitionDemolition (de Jean-Marc Vallée)

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Parler du deuil au cinéma n’est pas l’idée la plus sexy, mais Jean-Marc Vallée ne franchit pas la dangereuse barrière du mélodrame au marshmallow. Cela au profit d’une plongée psychologique de l’esprit d’une jeune veuf qui n’arrive pas à souffrir de la mort soudaine de sa compagne. Néanmoins, se déclenche alors en lui l’envie de démonter ou détruire n’importe quel objet qui passe devant ses yeux, métaphore un peu facile de la déconstruction qu’opère le personnage dans son esprit pour remettre ensuite les bouts en place. Semblable à Enemy du compatriote Denis Villeneuve, il y a moins de subtilité dans Demolotion mais sans doute plus de poésie au son des Rolling Stones, de M.Ward et de Charles Aznavour. En fait, on se rend surtout compte que Jake Gylenhaal peut jouer n’importe quoi : cela fonctionne toujours. Son jeu magistral, sa capacité à faire ressortir les traits les plus enfouis de ses personnages et sa présence classieuse à l’écran font de lui l’un des tous meilleurs. A la manière d’un Brad Pitt aujourd’hui, il bénéficie d’une très bonne cote auprès du grand public alors qu’il fait le choix des productions indépendantes mais sans jamais tourner en rond. Demolition est un éloge de la catharsis à la rhétorique universelle. Et ça c’est touchant.

DesiertoDesierto (de Jonás Cuarón)

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Fils de, Jonás Cuarón se lance dans son deuxième film pour un thriller en plein désert. Une bande de migrants mexicains traverse la frontière aride pour rejoindre les Etats-Unis. Ironiquement, ce ne sont pas les patrouilles de police qui vont leur causer souci, mais un habitant américain qui se décide à les dézinguer au fusil de précision un à un. Si cela ne suffit pas, son terrible clebs ou sa grosse bagnole lui servent d’armes secondaires. Desierto est une chasse à l’homme haletante qui réduit au strict minimum les dialogues pour épouser la solitude offerte par le décor et la peur de l’immobilisme. La beauté du désert est filmée dans toute sa splendeur mortelle pour ceux qui tentent d’y survivre de l’attachant Gael Garcia Bernal au jean-foutre Jeffrey Dean Morgan.

Fritz_Bauer_un_heros_allemandFritz Bauer, un héros allemand (de Lars Kraum)

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Parce que le cinéma a aussi vocation à instruire, ce biopic sur le magistrat Fritz Bauer montre son enquête pour arrêter Eichmann, logisticien de la solution finale. Son chemin est semé d’embuche car la trace du nazisme gangrène encore l’administration et la politique allemande au début des années 1960 : certains sympathisants et anciens officiers travaillent encore au service de l’Etat ou dans l’industrie. Comme le défini mieux le sous-titre allemand (Der Staat gegen Fritz Bauer soit L’État contre Fritz Bauer), sa lutte acharnée pour mettre le Mal sur le banc des accusés n’est pas de tout repos, surtout quand on est juif, social-démocrate et homosexuel. Ce dernier point est aussi un des thèmes du film car son jeune adjoint (vérité historique ou non ?) qui est la fusion de Schwarzenegger et John Cena ne peut assumer ses attirances sexuelles dans une société où c’est tout simplement puni par la loi. Il y a ainsi beaucoup d’humanité dans les personnages, on vit leurs combats mais aussi leurs doutes dans une Allemagne d’après-guerre que l’on connait moins bien vue de France.

Au-delà des considérations historiques, le film est tout de même aride pour le public non averti. La mise en scène est d’un académisme terrible, la photographie extrêmement sobre, ce qui le rapproche à son désavantage plus du téléfilm que de la machine à remonter le temps. Nicolas Journet de Critikat dit très justement à propos du cinéma teuton et de sa manière de traiter le nazisme aujourd’hui que « c’est comme si le poids de l’histoire racontée écrasait ces films de l’intérieur, les faisait se rétracter sur eux-mêmes. » Un bon point pour la grille des programmes de France 3 dans quelques mois.

Les_Malheurs_de_SophieLes Malheurs de Sophie (de Christophe Honoré)

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Il y a des films que jamais je n’aurais pensé voir au cinéma, même sous la contrainte de ma future hypothétique descendance. Et pourtant, me voilà devant Les Malheurs de Sophie adapté du roman de la comtesse de Ségur et démocratisé dans le cœur des enfants par le dessin animé éponyme. Ma crainte d’une œuvre mièvre pour morveux a fait naitre en moi un scepticisme qui, il faut bien l’avouer a été en majeure partie désamorcé. D’abord, la mise en scène est vraiment travaillée, la qualité des plans est évidente dans un format 1,33:1 (4/3) qui rend au cadrage toute sa splendeur sans qu’il ne soit handicapé par la petite taille des acteurs. Justement, Les Malheurs de Sophie montre qu’on peut très bien s’adresser aux gamins sans pour autant rendre une œuvre bête et bâclée, dans l’intérêt aussi des plus grands. Les nombreuses scènes avec Sophie (Caroline Grant) donnent vraiment l’impression d’être naturelles et pas surjouées : on s’adresse directement aux enfants par les enfants. Par contre, cela n’empêche pas de subir des échanges insignifiants entre personnes hautes comme trois pommes dont les motivations se limitent à se balancer des pommes de pin, découper des poissons rouges, crier très fort et manger des crottes de nez. L’adulte moyen a ainsi la sensation de régresser ; au contraire de ceux qui ont la fibre maternelle/paternelle car je conçois l’attachement que peut provoquer ces petits humains. Enfin, pas pour moi qui préfère voir Muriel Robin en éducatrice vieille école ou un garde-chasse qui dégomme au fusil à poudre des hérissons. Surtout qu’on fait quand même tout pour nous faire détester le personnage principal ! Bref, c’est un condensé d’inévitable puérilité (la fin m’a liquéfié) mais rempli de justesse ou au moins de bonnes intentions.

Special_CorrespondentsSpecial Correspondents (de Ricky Gervais)

Le fascinant Ricky Gervais est brillant dans l’écriture en plus d’être un type sincèrement drôle et attachant. Par contre, quand il s’agit de passer à la réalisation, c’est un peu gênant. Pas de chance, c’est le cas dans cette production Netflix (et donc exclusivement disponible sur la plateforme de VOD) plus proche du gentil petit film que de la savante machine comique de The Office. Frank Bonneville (Eric Bana), animateur prétentieux mais talentueux d’une radio locale, doit partir en Équateur couvrir le coup d’état qui se prépare. Mais quand son technicien Ian Finch se rend compte qu’il a perdu les billets d’avion, le duo se voit obligé de faire comme s’ils étaient sur place… à la différence qu’ils résident dans le restaurant espagnol en face de leur employeur ! Les situations sont la plupart du temps bien pensées, la narration est fluide mais Special Correspondents ne décolle jamais et semble bridé par une mise en scène aux allures de téléfilm. Ironiquement, la dernière réplique va en ce sens mais le second degré ne fait pas tout, Gervais nous a habitué à beaucoup mieux.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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