Captain_America_Civil_WarUne mission qui tourne mal à Lagos invite les responsables politiques du monde libre à encadrer l’intervention des Avengers. La signature d’accords internationaux à Vienne capote quand un attentat oblige les super-héros à trouver le responsable de cette chienlit.

Marvel : une usine au service des fans

Le Batman v Superman de Warner/DC a subi un shit storm mémorable, phénomène de plus en plus récurant de la part de fans qui pensent avoir le pouvoir et la légitimé ultime sur leurs œuvres préférées. Une ferveur passionnelle excessive, encouragée par la libre parole offerte par le web qui ne se contente plus de garder ses haters au chaud dans les discussions foot ou politiques. Un jugement qui plus est largement discutable car le film, malgré les défauts habituels des blockbusters de super-héros, proposait une vision somme toute intéressante de mythes archiconnus. La contre-attaque de Marvel fait déjà moins de bruit, et pourtant il est indéniable que Captain America : Civil War n’a pas les qualités de son concurrent… tout en gardant ses défauts ! C’est à ne plus rien comprendre de la vindicte populaire.

Il y a une raison à cela qui semble créer un schisme entre les adorateurs de comics qui vont aussi bien piocher chez DC que chez le voisin. La stratégie de Marvel au cinéma est de proposer un produit proche dans le ton et dans l’image de ce que l’on peut lire dans leurs bandes dessinées. Cela se veut plus divertissant, plus porté sur l’action alors que grosso modo, DC qui compte moins de personnages charismatiques et cherche à creuser dans la psychologie de ses héros pour donner un sens à leur existence dans nos sociétés contemporaines. Mais cet univers que Marvel bricole au cinéma a quelque chose de profondément artificiel. Civil War compte un paquet de personnages joués par une belle tripotée d’acteurs, mais ils tombent comme des cheveux sur la soupe. Même si on ne comprend pas toujours le pourquoi du comment (il faudrait pour cela ne rater aucune sortie), on décrypte finalement vite les motivations basiques qui tournent invariablement autour de la vengeance, de la rédemption ou de la simple volonté à faire le mal. Une montagne de personnages qui transforme peu à peu l’univers ciné Marvel en usine à gaz que seul les aficionados de comics apprécieront puisque servie sur l’autel du fan-service. « Ah, Black Panthere ! Ah, Vision ! » soit la récompense de reconnaitre des héros dont le commun des mortels ignore l’existence.

Captain America v Iron Man

Il y a plus de dialogues que dans un Marvel habituel car les scénaristes tentent de complexifier un peu les personnages. Par contre, à part pour Tony Stark, cela n’a aucun effet sur notre ressenti envers des protagonistes alambiqués. Captain America ne dégage de toute façon rien d’autre que de l’indifférence depuis First Avenger sorti en 2011. Le duel n’est pas fratricide, c’est juste une divergence de point de vue (conservateur vs progressiste) qui tourne en eau de boudin, la faute à un méchant psychiatre qui veut ressusciter la fine fleur des expériences génétiques soviétiques, à savoir concevoir des surhommes. D’ailleurs, cette dernière recette est très simple : après quelques manipulations au bloc opératoire et une période d’isolement, il suffit de lire des incantations totalement random prononcées en russe comme « Wagon de marchandise ! » pour transformer un agneau en Terminator. Alors pourquoi se faire chier à apprendre tout le Coran pour devenir un intraitable djihadiste ?

La mésentente entre les deux hommes a de fausses allures de débat philosophiques sur la liberté des super-héros de protéger le monde comme bon leur semble. Cette tentative de problématique « réaliste » avec le questionnement du contrôle des Avengers par la communauté internationale est balayée en un rien de temps par une explosion. La géopolitique mondiale n’est alors plus jamais questionnée dans le film puisqu’on se concentre uniquement sur les relations Feux de l’Amour des protagonistes. De toute manière, difficile d’être crédible avec cette histoire d’ONU qui présente un certain roi du Wakanda, grand démocrate que l’Afrique n’a jamais eu. Un mix de lieux existants et fictionnels très bizarre quand l’histoire se déroule également à Berlin ou Vienne, paradis en outre des incrustations sur écrans verts. Mais ces éléments étant dans les comics originaux… peut être une nouvelle preuve que les super-héros sont plus à l’aise dans les pages d’une BD.

Même les scènes d’actions ne sont guère revigorantes dans l’ensemble car filmées au poing et donc tout à fait illisibles. Je n’imagine pas l’état épileptique après 2h30 de 3D. Cependant, le climax du film est sympa, pour une fois on ne fait pas péter une mégalopole américaine. Il met en scène le combat entre la #TeamCaptain et la #TeamIronMan dans un aéroport vidé de ses civils. L’affrontement est agréable, bien rythmé et original dans le sens où chaque super héros utilises ses caractéristiques spéciales avec un certain panache. Le troisième reboot de Spiderman en 15 ans pique même la vedette aux Avengers !

Verdict

L’usine à gaz ciné des productions Marvel conçoit des films à la chaine mais ne tutoie décidément jamais les sommets (exception faite pour X-Men : Le Commencent). Captain America : Civil War tente bien de développer ses personnages stars mais tout cela reste plat et sans aucune prétention de mise en scène, maltraitée à coups d’effets visuels cheap jusque dans la réalisation d’un Spiderman de synthèse. Derrière le gros casting qui se permet de donner un rôle bouche trou à Martin Freeman, le spectateur est inondé de personnages et de références pesantes au reste de l’univers Marvel pour préparer les futures sorties. En même temps, la machine est huilée et les « yes men » que sont Anthony & Joe Russo ne font qu’appliquer le cahier des charges prouvant encore que Batman v Superman a reçu un procès largement injustifié. Au suivant !

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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