BirdmanLa victoire aux Oscars 2015 de Birdman (4 statuettes dont meilleur film et réalisateur) est un bon signe quant à la qualité des productions mises avant par le cinéma américain qui semble s’ouvrir à des perspectives nouvelles. Cette tendance à encourager la créativité et le travail de réalisateurs, de directeurs photos ou des scénaristes innovants ne peut que nous donner de l’espoir sur la possibilité de voir des productions moins stéréotypées à l’avenir. Nommés dans la catégorie la plus prestigieuse cette année, les présences de Whiplash, The Grand Budapest Hotel et Boyhood sont à accueillir avec joie. Cela n’est il qu’un effet de mode ? Quoi qu’il en soit, Birdman est un morceau de choix dans cette redynamisation d’un cinéma (indépendant ?) plus inspiré.

Riggan Thomson incarnait dans les années 1990 un super héros nommé Birdman. En quête de la gloire passée, l’acteur vieillissant tente un pari en préparant une pièce de théâtre à Broadway même si le milieu le consume autant qu’il en est dépendant. Avec des acteurs aux personnalités pas faciles, la tâche s’avère plus compliquée que prévue. Thomson est il définitivement voué à être has been ?

Il serait facile et surtout malhonnête pour Michael Keaton de considérer Birdman comme l’histoire qui représente sa carrière. Il y a certes une part de vérité dans le sens où l’acteur américain est resté peu de temps sous les feux de la rampe au moment des deux Batman de Tim Burton, avant de quasiment disparaitre des radars. L’homme chauve souris restera à jamais le rôle de sa vie mais il n’y a pas de mal à devenir un acteur culte en jouissant également d’une certaine côte d’amour dans le cœur des fans de cinéma. C’est dans ce sens que le choix de Keaton par Iñárritu parait évident, les émotions sont au centre du film et il donne une crédibilité indubitable à son personnage, à ceux qui gravitent autour de lui et à son univers.

Birdman : Photo Michael Keaton
Julien Lepers dans sa loge à France Télé

La logique des émotions régit Birdman de bout en bout. On passe d’ailleurs par toutes les cordes possibles qui rendent finalement ardue la tâche de classer le film dans un genre unique. Tantôt comédie, tantôt drame, tantôt WTF, il n’y a pas de case pour définir précisément la chose. Cependant, les personnages sont au centre de l’histoire qui raconte en quelque sorte la tragédie humaine. Les émotions rendent les comportement complexes, chacun est une bête étrange en lutte permanente avec son égo ou ses représentations; jamais en paix intérieure dans la quête d’un but qui est ici la notion de célébrité. Je dirais même plus puisqu’on parle en fait d’Amour ! Roggan Thomson s’auto consume dans la peur constante d’être un has been ou un acteur oublié. Mais il se rend compte progressivement que cette peur de vieillir se définit plutôt par le manque d’amour, aussi bien donné que reçu. Il est en somme déconnecté d’une réalité, loin des frivolités grisantes connues au moment où il endossait le costume de Birdman.

Autour de lui est peinte une vision grinçante du show-biz où se retrouvent un acteur péteux à souhait (Edward Norton excellentissime), une comédienne ambitieuse mais en manque totale de confiance en soi (Naomi Watts), un producteur prêt à tout pour remplir les salles (enfin un rôle « sérieux » pour Zach Galifianakis qui lui va très bien) ou encore une critique influente bobo newyorkaise (Linday Duncan). Cette hétérogénéité des personnages donne un air décomplexé et décalé qui rend le film coloré et forcément attachant. Les joutes verbales qui sont régulièrement échangées sont parfaitement maitrisées aussi bien parce que les dialogues sont savoureux que par l’immense talent des acteurs qui prennent, et cela se voit, beaucoup de plaisir à se lâcher. On sent toute la complexité de telles interprétations dont l’exigence dépasse les possibilités d’un Shia Labeouf. Oui, c’est un tacle gratuit.

La forme n’est pas oubliée, au contraire. Birdman est conçu comme un immense plan séquence où les quelques coupures sont quasiment invisibles. Cette mise en scène est un véritable bijoux de cinéma, on suit les personnages en temps réel avec un rythme et une fluidité des mouvements irréprochable. Cela a d’autant plus de sens que tout se déroule dans un théâtre, un allégorie très justement remarquée par kamaradniet, contributeur émérite de CTCQJ. Belle représentation de la comédie humaine qui se joue devant nos yeux. Découvrir les coulisses et les gens qui travaillent dans l’ombre, passer de la scène aux loges à travers des acteurs jouant des acteurs qui jouent des acteurs est un sacré trip où la limite entre réalité et fonction devient flou.

Birdman : Photo Michael Keaton

Ce que l’on reprochera à Birdman, même s’il n’y a pas grand chose à pointer du doigt, c’est la tendance régulière du film à tomber dans l’abstrait. De manière déjà vue au cinéma il faut faire la part des choses entre ce que le personnage principal s’imagine faire et ce qu’il fait vraiment. Riggan Thomson est guidé par une voix intérieure qui découle sur quelques hallucinations qui rendent quelques plans incompréhensibles au premier visionnage, la première et la dernière image en étant le parfait exemple. Dommage car le film garde une bonne tenue de route pour ne pas perdre les plus pragmatiques durant les 2h.

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Loin des vertus de l’ignorance, ce sont plutôt les talents de cinéaste d’Iñárritu qui font de Birdman un film divinement frais aussi bien dans sa manière d’être filmé que dans sa construction narrative autour de personnages/d’un casting ayant une très forte présence à l’écran sans pourtant se marcher dessus. Tragédie des sentiments et critique d’un monde dopé au buzz, Birdman parle de beaucoup de choses relativement simples mais ne tombe jamais dans la caricature. Emmené par d’excellents acteurs et des dialogues croustillants, le rythme de batterie qui nous accompagne tout le long du film nous rappelle à chaque pulsation que l’amour c’est important mais surtout qu’on peut recevoir un Oscar tout en sortant des codes traditionnels de l’archétype du cinéma à succès américain. Ca tombe bien, Iñárritu n’est pas d’ici. Prends ca Sean Penn.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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