Dans le premier bulletin critique de l’année, on parle de l’Oscar du meilleur film, d’animaux très humains et des frères Coen.

ave cesar afficheAve César (de Joel et Ethan Coen)

Les frères Coen ne cesseront donc jamais d’être imprévisibles. Ave César est un drôle d’objet dont il est bien difficile de prendre toute la mesure. Ce n’est pas vraiment une comédie, pas du tout un thriller (même s’ils mettent en scène le troisième kidnapping de leur filmographie), pas franchement une satyre… Le propos du film tient surtout sur l’artificialité du cinéma, mais le creusage de méninges causé par des scènes parfois longues, aux faux airs de hors-sujets, font que l’histoire ne décolle jamais et plonge inexorablement le spectateur lambda vers une incompréhension latente. Pourtant, tout est là : les personnages marquants, le casting splendide, la photo impeccable de Deakins et bien sûr ces petites moments comiques décalés qui sont l’ADN des frérots. Ce qui est le plus intéressant en fait, et de loin, c’est cette vision du cinéma hollywoodien des années 1950 depuis les coulisses. Nous entrons sur les plateaux, rencontrons les stars et découvrons les genres majeurs de l’âge d’or du cinéma américain. Il n’y a qu’une porte pour passer du western à la comédie musicale en passant par l’inévitable péplum et ce Georges Clooney désopilant comme à chaque fois lorsqu’il joue un gentil looser.

Spotlight afficheSpotlight (de Tom McCarthy)

Les Oscars ne font plus la part belle aux blockbusters au profit d’un cinéma indépendant US riche en originalité et en talents. Un an après le Birdman d’Iñárritu, c’est Spotlight qui décroche le Graal. Un succès critique relativement surprenant au vue de la forme horriblement austère d’un film qui fait tout pour ne pas en être un. Il faut dire que le sujet est grave puisqu’il relate l’enquête de journalistes d’investigation du Boston Globe à retrouver une flopée de prêtres pédophile. Une affaire au retentissement pas seulement américain puisque ces tristes événements défraient la chronique encore aujourd’hui. Tom McCarthy a voulu s’approcher d’une forme documentaire en suivant au plus près les pérégrinations des journalistes. C’est ainsi très premier degré, les décors se limitent pour le plus souvent à des intérieurs tristounets (des bureaux), sans qu’aucun effort de stylisation n’emboite le pas. Le résultat est donc un film très brut dans sa narration, très bavard également et qui ne laisse aucune place à la défense pour une éventuelle dose de suspense. On ne retiendra peut être que les acteurs de haute volée que sont Rachel McAdams, Mark Rufallo et l’incroyable revenant Michael Keaton. Pourtant c’est bien Liev Shreiber qui sort vainqueur de cette production au fond forcément juste (via la sensibilisation au travail des journalistes) mais dont la forme est terriblement aride.

Zootopie afficheZootopie (de Byron Howard et Rich Moore)

CTCQJ-approved
Il n’y a pas que Pixar qui sait faire des films d’animation chez Disney ! Belle surprise de ce début d’année 2016, Zootopie se joue des codes, des représentations et des préjugés que nous pouvons avoir à travers l’anthropomorphisme, qui n’a pas pris une ride depuis les fables de ce cher La Fontaine, pour dédramatiser un sujet somme toute pas simple à aborder. De prime à bord relativement enfantin, le propos s’étoffe ensuite avec une bonne couche de clins d’œils et de subtilités bien pensées. Comme cette direction artistique savoureuse qui joue beaucoup sur la verticalité par des changements d’échelles constants dans une ville peuplée d’animaux aussi charismatiques que différents : buffles, lions, souris, girafes,… tout le monde à sa place à Zootopie. Le plaisir de la découverte de cet univers fascine durant les 3/4 du film avant que celui-ci ne penche vers une fin bien moins ingénue, aussi prévisible que convenue. N’en demeure pas moins un film immanquable dans son genre qui n’a rien à envier à un certain Vice Versa.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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