ArgoEn 1979, le Shah d’Iran, mis en place par les américains quelques décennies auparavant est contraint de quitter le pays pour être remplacé par un (autre) dictateur, Khomeiny, aux idées pas très laïques. La population, sévèrement furax contre le Shah demande son retour au pays afin qu’il soit jugé puis pendu en place publique, ce que les américains refusent. La vague de contestation nationaliste, fondatrice des tensions actuelles entre l’Iran et les pays occidentaux, s’empare alors de l’ambassade des États Unis à Téhéran et fait des otages dont un petit nombre réussi à s’échapper vers l’ambassade canadienne. L’agent de la CIA Tony Mendes met en place leur exfiltration en faisant croire aux autorités locales qu’ils sont les membres d’une équipe de tournage pour une prochaine production hollywoodienne.

Aussi fou que celui puisse paraitre, le scenario de Argo est tiré du véritable subterfuge utilisé par les Etats Unis pour délivrer une partie de ses otages à Téhéran ! Grâce aux dossiers devenus publics en 1997 et 2008, Ben Affleck a pu se rapprocher le plus possible de la réalité pour représenter cet événement majeur de la Guerre Froide.

Le film s’impose comme un thriller dès le début après une brève mais intéressante mise en contexte. La prise de l’ambassade par les manifestants permet de se mettre immédiatement dans le bain et de sentir la tension extrême de la situation. Les représentants américains craignent d’être exterminés et non aussi !

Derrière, les réactions de la CIA prennent du temps à se dégoupiller et on assiste à un manque de rythme assez criant. Heureusement, tout cela reprend de la vigueur au moment de la préparation du « faux film » où l’on rencontre des personnages hauts en couleurs de l’industrie hollywoodienne. Alan Arkin joue un vieux briscard du cinéma qui ne se laisse plus amadouer par le système et le mythique John Goodman en producteur délurant complète ce duo drôle et franchement excellent.

Argo : photo Alan Arkin, Ben Affleck, John Goodman

Tony Mendes alias Ben Affleck monte cette supercherie et part en Iran. Argo prend une nouvelle ampleur et la légèreté de la création du plan est remplacé par une tension maximale. Le pays est ultra surveillé, atmosphère malsaine et la présence d’occidentaux qui plus est américain est fortement déconseillé. Cette deuxieme partie du film s’inscrit donc comme un modèle de thriller envahissant le spectateur. On crains que le plan foire et cela est un risque de tout instant. Plus l’intrigue avance, plus cette tension devient irrespirable.

La réalisation de Ben Affleck est de plus en plus aboutie avec le temps. The Town était splendide et l’acteur-réalisateur prouve une fois encore son indubitable talent qui lui permettra sans doute d’être oscarisé un jour. Même si son jeu manque sans doute de punch, il réussit toujours à attacher le spectateur.

Argo reste tout le long dans son contexte et reproduit ou réutilise les programmes de l’époque par exemple. Les couleurs, les costumes et les décors nous ramènent dans le passé malgré que les modes capillaires sont pour la plupart bien horribles. Ben Affleck avec son brush et sa barbe détonne pas mal.

Argo : photo Christopher Denham, Clea DuVall, Kerry Bishe, Rory Cochrane, Scoot McNairy
Welcome in da 70’s

Rigueur historique plus ou moins suivie jusqu’au générique qui compare les photos originales avec les plans et la tronche des acteurs du film qui, il faut l’avouer, sont visiblement proche de la réalité. Il y a même un mot du président Carter ( ?) qui explique cette incroyable hitoire qui est considérée comme un modèle d’alliance internationale encore aujourd’hui.

On aurait bien aimé en savoir plus sur les centaines d’autres otages restés à l’ambassade dont l’existance est seulement caractérisée par quelques plans par ci par là.

La double casquette d’acteur-réalisateur ne fait décidément pas peur à Ben Affleck. Argo est un excellent film à l’histoire totalement folle qui ne peut que placer l’américain dans le rang des très bons réalisateurs. Il propose un thriller historico-politique de haute volée mais qui manie la gravité et le réalisme des événements avec un rythme aux petits digons et une touche de légèreté bienvenue. De plus, le film tache de rester le plus objectif possible sans prendre partie pour qui que ce soit. Aux spectateurs de se faire un avis.

Et comme le dit Alan Arkin « Argo-ccupe toi de ton cul ! ».

Je retire mon système de notes que je ne le trouve finalement pas bien adapté au cinéma.

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Fondateur de CTCQJ un poil cinéphile mais aussi rockeur du dimanche, historien déchu, astronome nul en maths et amateur de foot croate. Spécialité: cinéma.

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